Archives sur le décès de M. Abdourahman Djama Hassan
Question de :
M. Thomas Portes
Seine-Saint-Denis (3e circonscription) - La France insoumise - Nouveau Front Populaire
M. Thomas Portes interroge Mme la ministre des armées et des anciens combattants sur l'accès aux archives relatives à l'arrestation, à la détention et au décès de M. Abdourahman Djama Hassan, dit Abdourahman Andoleh, intervenus à Djibouti en mars 1967, alors que le territoire, alors dénommé Côte française des Somalis, était placé sous administration française. M. Abdourahman Djama Hassan était une figure syndicale et politique engagée dans le mouvement en faveur de l'indépendance. Cadre au sein de la compagnie du chemin de fer franco-éthiopien, fondateur et secrétaire général du syndicat des travailleurs de cette compagnie, il était également engagé au sein du Parti du mouvement populaire. Plusieurs documents administratifs transmis par sa famille font état d'un suivi par les autorités françaises entre 1960 et 1964, notamment à l'occasion de ses déplacements internationaux, de ses demandes de passeport et de l'entrée sur le territoire d'un véhicule lui appartenant. Selon les éléments rapportés par sa famille, M. Abdourahman Djama Hassan aurait été arrêté à son domicile par des forces françaises le 21 mars 1967, dans le contexte de la répression ayant suivi le référendum du 19 mars 1967 sur l'avenir du territoire. Selon ces mêmes éléments, il aurait ensuite été détenu jusqu'à sa mort dans des conditions qui n'ont jamais été officiellement établies. Son corps aurait été transporté à la morgue dans la nuit du 27 au 28 mars 1967, dans des circonstances qui n'ont jamais été officiellement établies ni communiquées à ses descendants. Un article publié dans Le Monde le 29 mars 1967, reprenant une dépêche de l'Agence France-Presse datée du 28 mars 1967, faisait état de la mort à Djibouti d'un membre du Parti du mouvement populaire, ancien dirigeant syndicaliste, arrêté le 21 mars au lendemain des émeutes ayant suivi le référendum. Selon ses descendants, son corps aurait présenté des traces de violences, élément qui n'a jamais fait l'objet, à leur connaissance, d'une clarification officielle ni d'une communication d'archives permettant d'établir les circonstances exactes de sa mort. Ces éléments rendent nécessaire l'identification complète des archives administratives, militaires, policières et judiciaires relatives à son arrestation, à sa détention et à son décès. Plus de cinquante ans après les faits, ses descendants indiquent n'avoir reçu aucune information officielle sur les conditions de son arrestation, de sa détention et de sa mort. Des démarches auraient été engagées auprès des archives nationales, du service historique de la défense et de la Commission d'accès aux documents administratifs, sans permettre, à ce stade, l'accès effectif aux documents recherchés. Cette situation soulève la question de l'identification, de la communicabilité et, le cas échéant, de la déclassification des archives publiques relatives aux faits survenus dans les territoires anciennement placés sous administration française, en particulier lorsque ces archives concernent des personnes mortes après leur arrestation. Dans ce contexte, M. le député interroge Mme la ministre sur les recherches engagées ou susceptibles de l'être au sein des fonds relevant du ministère des armées, notamment du service historique de la défense, afin d'identifier l'ensemble des documents relatifs à l'arrestation, à la détention et au décès de M. Abdourahman Djama Hassan. Il l'interroge également sur les conditions dans lesquelles ces archives pourraient être communiquées à sa famille, y compris par la voie d'une demande de dérogation ou d'une procédure de déclassification lorsque celle-ci serait nécessaire. Enfin, il l'interpelle sur les mesures que le Gouvernement entend prendre afin de garantir un accès effectif, transparent et non entravé aux archives relatives aux violences commises durant la période coloniale, en particulier lorsque celles-ci concernent des personnes décédées après leur arrestation ou alors qu'elles se trouvaient sous l'autorité de l'administration française.
Réponse publiée le 27 octobre 2026
Le service historique de la défense (SHD), chargé de la gestion des archives définitives du ministère des armées et des anciens combattants, est en lien avec la petite fille de Monsieur Abdourahman Djama Hassan, Madame Zahra Idriss Hassan. Il travaille actuellement à identifier tous les fonds d'archives susceptibles de contenir des informations sur son grand-père. Leur consultation sera facilitée autant que possible, dans le respect de la réglementation en vigueur. La consultation des archives publiques est en effet encadrée par le code du patrimoine. Si les archives publiques sont par principe communicables de plein droit, certaines informations nécessitent parfois une protection au nom d'autres grands principes tels que le respect de la vie privée, la sécurité des personnes ou encore la préservation des intérêts fondamentaux de la nation. Les informations soumises à une communicabilité restreinte sont énumérées dans l'article L213-2 du code du patrimoine. A titre d'exemples, les données relatives au secret médical ne deviennent librement communicables qu'à l'issue d'un délai de 25 ans après le décès de la personne (ou 100 ans après sa naissance si la date de décès n'est pas connue), celles ayant trait à la conception technique et aux procédures d'emploi des matériels de guerre après un délai de 50 ans, celles en lien avec une enquête judiciaire après 75 ans, et celles présentant un caractère proliférant sont incommunicables à perpétuité. Toutefois, le même code du patrimoine prévoit, en son article L213-3, la possibilité pour les usagers de réaliser des demandes d'accès exceptionnel avant l'échéance des délais de communicabilité. L'administration, après instruction de la demande, peut accorder un accès anticipé par dérogation, qui est toujours nominatif, si la consultation des documents ne conduit pas à porter une atteinte excessive aux intérêts que la loi a entendu protéger. S'agissant des recherches spécifiquement menées sur Monsieur Abdourahman Djama Hassan, si le SHD était amené à identifier des archives soumises à des délais de communicabilité, il en informerait Madame Zahra Idriss Hassan et l'accompagnerait dans toutes ses demandes de dérogation.
Auteur : M. Thomas Portes
Type de question : Question écrite
Rubrique : Archives et bibliothèques
Ministère interrogé : Armées et anciens combattants
Ministère répondant : Armées et anciens combattants
Dates :
Question publiée le 19 mai 2026
Réponse publiée le 27 octobre 2026
