Question écrite n° 15201 :
Conséquences sociales des reprises de magasins de la grande distribution

17e Législature

Question de : M. Denis Fégné
Hautes-Pyrénées (2e circonscription) - Socialistes et apparentés

M. Denis Fégné attire l'attention de M. le ministre du travail et des solidarités sur les conséquences sociales des reprises de magasins de la grande distribution par le Groupement Mousquetaires et sur les conditions effectives de transfert des salariés concernés. Dans une précédente réponse ministérielle publiée le 17 février 2026, le Gouvernement rappelait que la société Colruyt Retail France avait annoncé, le 17 juin 2025, un vaste projet de réorganisation comprenant notamment le transfert de 81 magasins à l'enseigne Intermarché et la reprise de 1 319 salariés. Le Gouvernement indiquait alors que les services de l'État porteraient « une vigilance toute particulière » au respect du dialogue social, à la qualité de l'information-consultation des représentants du personnel et à l'adaptation des mesures d'accompagnement des salariés concernés. Or les représentants des salariés de Colruyt Retail France alertent aujourd'hui sur des situations qui sembleraient démontrer un écart important entre les engagements annoncés et la réalité vécue par de nombreux salariés transférés. Selon les témoignages recueillis par les élus du comité social et économique, plusieurs magasins repris fonctionneraient selon un modèle juridique particulièrement fragmenté, avec la création d'une société distincte par point de vente, y compris lorsqu'un même adhérent exploite plusieurs magasins. Cette organisation aurait pour conséquence de limiter fortement l'existence d'instances représentatives du personnel et de réduire les possibilités de dialogue social effectif. Les élus dénoncent également une dégradation rapide des conditions sociales et de travail dans certains établissements repris : application du seul minimum conventionnel, remise en cause des avantages collectifs antérieurs, dépassements des durées maximales de travail, non-respect des temps de repos, insuffisances en matière de sécurité et de protection des salariés. Par ailleurs, alors même que les salariés transférés devaient conserver temporairement leurs anciens avantages conventionnels, de nombreux témoignages feraient état de pressions exercées afin d'obtenir la signature d'avenants moins favorables, de ruptures conventionnelles ou de départs contraints. Certains magasins repris auraient ainsi perdu, en quelques semaines seulement, une part très importante des salariés initialement transférés. Cette situation suscite une vive inquiétude, notamment au regard des futures opérations de reprise envisagées dans le secteur de la grande distribution, en particulier concernant des magasins Auchan. En conséquence, il lui demande quelles vérifications concrètes ont été menées par les services de l'État depuis la réponse ministérielle du 17 février 2026 concernant le respect du droit du travail, des engagements sociaux pris lors des reprises et des obligations en matière de santé et de sécurité dans les magasins transférés ; combien de contrôles de l'inspection du travail ont été réalisés dans les établissements concernés et quelles suites ont été données aux éventuels manquements constatés. Enfin si le Gouvernement envisage de faire évoluer le cadre applicable aux transferts de contrats de travail prévus à l'article L. 1224-1 du code du travail afin de mieux protéger les salariés concernés lors des opérations de cession d'activité de grande ampleur et quelles mesures pourraient être mises en œuvre afin de garantir une représentation effective des salariés et un dialogue social réel dans les entreprises organisées sous forme de multiples structures juridiques distinctes.

Réponse publiée le 29 septembre 2026

La société Colruyt Retail France a annoncé, le 17 juin 2025, un projet de cessation totale de ses activités en France. L'entreprise employait alors 2 040 salariés en contrats à durée indéterminée. Le 4 juillet 2025, l'employeur a engagé une procédure d'information-consultation du comité social et économique en vue de mettre en œuvre un plan de sauvegarde de l'emploi. Conformément à ses obligations prévues par la loi dite « Florange », l'entreprise a recherché des repreneurs pour les magasins dont elle envisageait la fermeture. Ainsi, les projets de cession des activités de Colruyt en France ont abouti à une reprise quasi-totale du réseau de distribution à la suite d'accords signés avec différents grands groupes de distribution. Le projet de plan de sauvegarde de l'emploi prévoyait initialement 889 ruptures de contrats de travail. À l'issue de la procédure d'information-consultation, ce nombre a été porté à 706 suppressions de postes, concernant principalement les activités de logistique. Une enseigne a par ailleurs proposé la reprise de contrats de travail pour 175 salariés de la logistique. Parmi ces 175 propositions, 34 ont abouti à ce jour et 141 postes demeurent ouverts pour les salariés qui le souhaiteraient. Chacune des enseignes de grande distribution en France s'appuie sur un modèle qui lui est propre et entraîne des conditions de travail différentes pour ses salariés. Ainsi, contrairement aux modèles intégrés, les réseaux de magasins indépendants sont composés de magasins où chacun constitue une entité juridique à part entière. Un tel fonctionnement aboutit à une représentation du personnel plus faible. Les offres de reprises de chacune de ces enseignes prévoyaient des garanties d'emploi durant neuf mois pour certains et vingt-quatre mois pour d'autres. Les services de l'État ont exercé une vigilance particulière tout au long de la procédure, notamment s'agissant du respect des obligations d'information et de consultation des représentants du personnel. Dans le cadre de l'instruction du dossier, la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités de Bourgogne-Franche-Comté s'est assurée de la régularité de la procédure d'information-consultation du comité social et économique. Le comité a bénéficié de l'appui de son expert pour l'assister tout au long de la procédure. Les 22 octobre et 20 novembre 2025, le comité a émis des avis éclairés relatifs à l'opération projetée et notamment aux projets de cession issus de la recherche de repreneurs.

Données clés

Auteur : M. Denis Fégné

Type de question : Question écrite

Rubrique : Entreprises

Ministère interrogé : Travail et solidarités

Ministère répondant : Travail et solidarités

Dates :
Question publiée le 19 mai 2026
Réponse publiée le 29 septembre 2026

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