Question de : M. Matthieu Marchio
Nord (16e circonscription) - Rassemblement National

M. Matthieu Marchio alerte M. le ministre délégué auprès de la ministre de la transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature, chargé de la transition écologique, sur l'évolution récente des émissions de gaz à effet de serre en France et sur les conséquences économiques qui pourraient être dissimulées derrière ces résultats présentés comme encourageants par le Gouvernement. Selon les dernières données publiées par le Citepa, les émissions françaises de gaz à effet de serre ont diminué davantage qu'attendu en 2024 et en 2025. L'inventaire publié en juin 2026 fait état d'une baisse de 3 % en 2024 et d'une première estimation de 2,2 % en 2025, portant les émissions nationales à leur plus bas niveau depuis 1990. Toutefois, plusieurs analyses soulignent que cette diminution est en partie liée au recul des émissions de l'industrie manufacturière. Le Citepa indique notamment que l'industrie manufacturière représente à elle seule près de 40 % de la réduction constatée en 2025, sous l'effet du recul d'activités fortement émettrices comme la métallurgie ou la production de matériaux industriels. Cette situation soulève une interrogation majeure. En effet, la baisse des émissions peut résulter soit d'investissements, d'innovations et de gains d'efficacité permettant de produire davantage avec moins d'émissions, soit d'un ralentissement de l'activité économique et industrielle. Or de nombreux indicateurs témoignent aujourd'hui des difficultés rencontrées par l'industrie française : fermetures de sites, baisse de production dans plusieurs filières stratégiques, recul des investissements et perte de compétitivité. La diminution des émissions ne saurait donc être analysée uniquement sous l'angle environnemental. Si une part significative de cette baisse résulte de la contraction de l'activité industrielle, elle pourrait également traduire une destruction de richesse nationale, de capacités productives et d'emplois industriels. Une telle évolution serait en contradiction avec les objectifs affichés de réindustrialisation poursuivis depuis plusieurs années par le Gouvernement. Il lui demande donc quelle est, pour les années 2024 et 2025, la part exacte de la baisse des émissions de gaz à effet de serre imputable à chacun des grands secteurs émetteurs, notamment l'industrie manufacturière, les transports, le résidentiel-tertiaire, l'énergie et l'agriculture, quelle part de la diminution constatée dans l'industrie résulte de véritables gains de décarbonation et quelle part est liée à une baisse de l'activité économique ou de la production industrielle, combien d'emplois industriels ont été perdus ou créés dans les secteurs ayant le plus contribué à la baisse des émissions et comment le Gouvernement entend démontrer que les résultats climatiques annoncés sont compatibles avec une véritable réindustrialisation du pays et ne traduisent pas, en réalité, une poursuite du décrochage industriel de la France.

Réponse publiée le 20 octobre 2026

Le rapport Secten 2026 du Citepa, publié le 16 juin 2026, fournit une décomposition précise de la part exacte de la baisse des émissions de gaz à effet de serre imputable à chaque grand secteur émetteur. En 2024, la baisse totale de 11,2 MtCO2e (-3,0 %) est portée en premier lieu par l'industrie de l'énergie (-5,5 MtCO2e, soit -15,1 %), principalement du fait de la remontée en puissance du parc nucléaire et à une forte disponibilité des énergies renouvelables, puis par l'industrie manufacturière et la construction (-2,3 MtCO2e, soit -3,6 %), les transports (-1,5 MtCO2e, soit -1,2 %), les bâtiments (-0,9 MtCO2e, soit -1,6 %), l'agriculture (-0,6 MtCO2e, soit -0,7 %) et les déchets (-0,3 MtCO2e, soit -2,2 %). Pour 2025, la baisse totale, qui est encore une estimation, est de 7,6 MtCO2e (soit -2,1 %), avec l'industrie manufacturière et la construction comme premier contributeur (-3,2 MtCO2e, soit -5,2 %), devant les transports (-2,4 MtCO2e, soit -1,9 %), les bâtiments (-1,2 MtCO2e, soit -2,1 %) et l'agriculture (-1,0 MtCO2e, soit -1,3 %). L'industrie de l'énergie est quasiment stable (+0,2 MtCO2e, soit +0,6 %), après deux années de baisses exceptionnelles. Les premières estimations du Citepa pour le premier semestre 2026 montrent une réduction de 4,1 % par rapport au même semestre de l'année précédente. Les secteurs des bâtiments et des transports contribuent principalement à cette baisse des émissions, avec respectivement -12,0 % et -4,5 %. Dans l'industrie, les émissions ont drastiquement baissé depuis 1990 : -58,3 % entre 1990 et 2025, soit -81,8 MtCO2, baisse portée en grande partie par la chimie, la métallurgie et les minéraux non-métalliques et matériaux de construction. En ce qui concerne les prévisions pour 2026, la baisse des émissions industrielles (-2,4 %) est portée par une diminution de la consommation de gaz naturel dont les sous-jacents ne sont pas encore précisément connus, et légèrement compensée par une hausse dans l'acier par rapport au deuxième trimestre 2025 où un haut-fourneau était à l'arrêt pour maintenance. L'analyse des facteurs sous-jacents des baisses d'émissions constatées a fait l'objet de nombreuses études, menées aussi bien par des acteurs publics (DG Trésor [1], SDES [2] ) qu'externes (Rexecode [3], étude du Citepa pour le compte du Haut Conseil pour le Climat [4] ). Les méthodologies et les indicateurs d'activité retenus varient (indice de production industrielle ou valeur ajoutée), de même que les périodes étudiées. Toutefois, toutes parviennent à la même conclusion : au cours des dernières décennies, la baisse des émissions est principalement portée par une amélioration de l'efficacité énergétique et par la décarbonation importante du mix énergétique. L'évolution de l'activité industrielle a également entraîné des baisses d'émissions dans l'industrie, mais dans une moindre mesure par rapport aux efforts de décarbonation. La dynamique de baisse des émissions apparaît ainsi largement découplée de la seule évolution de l'activité industrielle. Le SDES indique que l'intensité énergétique de l'industrie a baissé de 39 % entre 1990 et 2023 du fait de l'adoption de procédés moins consommateurs, compensant largement la croissance de la valeur ajoutée (+22 %) sur la même période. Le Citepa conclut que le facteur « intensité des émissions de GES par unité d'activité » est à l'origine de 94 % de la réduction totale, et Rexecode indique que 82 % des baisses d'émissions ont été obtenues par des évolutions vertueuses d'efficacité énergétique et de décarbonation de l'énergie. Le Citepa identifie par ailleurs qu'entre 2010 et 2023, 75 % de la réduction totale du secteur provient de trois sous-secteurs : la chimie, les minéraux non-métalliques et la métallurgie des métaux ferreux. Une analyse plus fine sur la chimie et les minéraux non-métalliques montre que le principal contributeur à la baisse est l'efficacité énergétique, suivi de la décarbonation du mix énergétique et dans une moindre mesure du facteur d'émission des procédés. Dans le sous-secteur de la chimie, l'activité a même eu un effet haussier sur les émissions - la baisse est donc entièrement portée par d'autres facteurs. Dans celui des minéraux non-métalliques, l'activité ne contribue qu'à hauteur de 6 % de la baisse. Ces résultats témoignent de l'efficacité des mesures engagées depuis plusieurs années, au niveau national - notamment le dispositif France 2030 et l'accompagnement des 50 sites les plus émetteurs via des contrats de transition écologique - et au niveau européen, comme le Net Zero Industry Act ou le marché carbone (SEQE). Ces résultats et ces dispositifs trouvent une traduction stratégique dans la SNBC3, adoptée récemment, et qui place la réindustrialisation verte au cœur de la trajectoire française vers la neutralité carbone. La SNBC3 ne conçoit pas la décarbonation industrielle comme un frein à l'activité économique mais comme un levier de compétitivité et de souveraineté, notamment dans une perspective de renforcement du prix du carbone. La SNBC 3 fixe aussi un objectif en empreinte carbone, visant à réduire notre impact global au-delà des seules émissions territoriales. Parmi les leviers identifiés, la réindustrialisation verte - permettant d'allier décarbonation et souveraineté - occupe une place centrale : grâce à son mix électrique bas-carbone, l'industrie française affiche une intensité carbone inférieure à la moyenne mondiale, ce qui signifie qu'augmenter la part de la production française dans les échanges mondiaux contribue mécaniquement à réduire les émissions globales. L'impact est particulièrement significatif dans l'industrie manufacturière, même s'il varie selon les filières et la complexité des chaînes d'approvisionnement. Concernant la question des relocalisations, il convient de mettre en regard leur coût économique avec les bénéfices en termes de souveraineté, de résilience et de réduction des émissions importées - un équilibre que le mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (MACF) contribue précisément à aider, en prévenant les fuites de carbone. La SNBC 3 vise par ailleurs à accompagner les transformations que la transition impose en matière d'emplois et de compétences. L'industrie française a déjà démontré sa capacité à créer des emplois : 98 900 emplois salariés en équivalent temps plein ont été créés entre 2017 et 2025 dans l'industrie dont 56 400 dans l'industrie manufacturière [5]. Cette dynamique devra se poursuivre avec la transition écologique : selon la stratégie emploi-compétences du SGPE, la mise en œuvre de la transition pourrait être créatrice nette de 200 000 à 550 000 emplois d'ici 2030, dont près de 95 000 dans les seuls secteurs industriels. Pour accompagner cette transformation, le gouvernement a publié en avril 2026 une feuille de route nationale visant à renforcer l'attractivité et l'emploi dans l'industrie, avec des actions concrètes dès 2026 pour accélérer les recrutements [6]. Le baromètre industriel de l'État, élaboré par la DGE et publié en mars 2026, fait état pour 2025 d'un solde positif de +19 entre ouvertures/extensions et fermetures/réductions de sites, la France continuant d'ouvrir et d'agrandir plus d'usines qu'elle n'en ferme. Si les ouvertures d'usines tendent à se ralentir, ce sont les extensions qui portent cette dynamique, à un niveau proche de 2024. L'industrie verte reste le secteur qui comptabilise le plus grand nombre d'ouvertures nettes (+26), devant la défense, l'aéronautique et le spatial (+19) et l'électronique (+12), en cohérence avec les politiques de soutien menées sur ces filières. [1] https://www.economie.gouv.fr/files/2025-01/Rapport_DG_Tr%C3%A9sor_Enjeux_%C3%A9conomiques_de_la_transition_bas_carbone.pdf [2] https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/media/9205/download ? inline [3] https://www.rexecode.fr/media/documents/reperes/repere-12-la-reindustrialisation-de-la-france-serait-favorable-a-la-decarbonation-mondiale-octobre-2024 [4] https://www.hautconseilclimat.fr/wp-content/uploads/2026/07/RANC2026-Annexes_WEB.pdf [5] https://www.insee.fr/fr/statistiques/2496914 [6] https://www.entreprises.gouv.fr/files/files/Actualites/2026/202604-feuille-route-emploi-attractivite-industrie.pdf

Données clés

Auteur : M. Matthieu Marchio

Type de question : Question écrite

Rubrique : Environnement

Ministère interrogé : Transition écologique

Ministère répondant : Transition écologique

Dates :
Question publiée le 7 juillet 2026
Réponse publiée le 20 octobre 2026

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