Question écrite n° 16788 :
Apprentissage de la natation : lutter contre les inégalités territoriales

17e Législature

Question de : M. Jérôme Guedj
Essonne (6e circonscription) - Socialistes et apparentés

M. Jérôme Guedj appelle l'attention de Mme la ministre des sports, de la jeunesse et de la vie associative sur les inégalités territoriales et sociales profondes qui caractérisent l'accès à l'apprentissage de la natation en France, et sur leurs conséquences mortelles que la canicule de juin 2026 rend plus visibles que jamais. Depuis le 18 juin 2026, plus de cinquante personnes sont décédées par noyade en France, « essentiellement des jeunes », a reconnu le Premier ministre Sébastien Lecornu lors d'une cellule interministérielle de crise. Ce bilan dramatique n'est pas le fruit du seul hasard climatique : il est la conséquence directe d'une politique d'apprentissage de la natation insuffisante et inégalement distribuée sur le territoire. Selon l'Insee, près de 30 % des enfants de 10 à 14 ans vivant en zone rurale ne savent pas nager, contre 15 % en zone urbaine. Cette fracture aquatique est le reflet d'une fracture d'équipement que la ministre des sports a elle-même reconnue devant les députés et sur franceinfo en indiquant qu'« on sait qu'il manque de piscines en France » et que de nombreuses collectivités, parce que leurs bassins sont en mauvais état, sont contraintes de les fermer souvent. À cette pénurie d'équipements s'ajoute une pénurie chronique de maîtres-nageurs sauveteurs : selon la Fédération française des maîtres-nageurs sauveteurs, 5 000 postes restent vacants, soit un tiers des effectifs nécessaires. Si le dispositif « J'apprends à nager » cible prioritairement les quartiers prioritaires de la politique de la ville et les zones de revitalisation rurale, son financement reste insuffisant au regard de l'ampleur des besoins. Cette situation est d'autant plus inacceptable que l'apprentissage de la natation figure dans les programmes scolaires depuis 1879 et constitue, selon l'éducation nationale elle-même, une « priorité nationale inscrite dans le socle commun de connaissances et de compétences ». Un siècle et demi plus tard, des dizaines de milliers d'enfants grandissent sans jamais apprendre à nager, non par manque de volonté, mais parce que leur commune n'a pas les moyens d'entretenir un bassin ou de recruter un enseignant qualifié. La multiplication des canicules transforme cette inégalité structurelle en inégalité devant la mort. M. le député s'alarme de ce constat. Il lui demande quels moyens financiers pérennes et fléchés seront alloués aux communes rurales et aux quartiers prioritaires pour maintenir, rénover et créer des équipements aquatiques, afin que le plan Savoir nager ne reste pas une ambition sans moyens, quelles mesures concrètes sont prévues pour résoudre la pénurie structurelle de maîtres-nageurs sauveteurs, et si le Gouvernement entend garantir l'effectivité universelle de l'apprentissage de la natation avant l'entrée au collège, indépendamment du lieu de résidence ou des ressources de la commune.

Réponse publiée le 20 octobre 2026

L'apprentissage de la natation et l'acquisition du savoir-nager en sécurité constituent des priorités de la politique menée par le ministère des sports, de la jeunesse et de la vie associative, au regard notamment de leur rôle dans la prévention des noyades. Leur accès doit pouvoir être favorisé sur l'ensemble du territoire, y compris dans les territoires confrontés à des difficultés d'accès aux équipements ou à l'encadrement. À cette fin, le ministère agit, en lien avec le ministère de l'éducation nationale, l'Agence nationale du sport (ANS), les collectivités territoriales et les acteurs de la filière aquatique, sur les différents leviers permettant de développer l'offre d'apprentissage. S'agissant des équipements aquatiques, l'État intervient principalement par l'intermédiaire de l'ANS pour accompagner les collectivités dans la création, la rénovation et la modernisation des équipements sportifs. Le plan « 5 000 équipements – Génération 2024 », doté de 300 millions d'euros, comprenait un volet de 500 équipements structurants donnant notamment la priorité à la construction et à la rénovation des piscines. Les crédits sont orientés en priorité vers les territoires carencés afin de réduire les disparités territoriales d'accès aux équipements. Les projets peuvent également s'appuyer sur des solutions adaptées aux territoires dépourvus de bassins, notamment les bassins mobiles. Cette politique d'investissement est complétée par le soutien aux actions d'apprentissage. Dans le cadre de la stratégie nationale « Savoir-nager », les dispositifs « Aisance aquatique » et « J'apprends à nager » permettent de proposer des apprentissages en ciblant prioritairement les publics et territoires qui rencontrent les plus grandes difficultés d'accès à la pratique. En 2024-2025, plus de 300 000 enfants ont ainsi bénéficié des dispositifs « Aisance aquatique » et « Savoir-nager ». S'agissant des maîtres-nageurs sauveteurs (MNS), le ministère considère les tensions de recrutement dans cette filière comme un enjeu majeur de sécurité publique. Les États généraux de l'encadrement et de la surveillance dans la filière aquatique, organisés en 2023, ont permis d'engager un travail durable avec les acteurs concernés, suivi depuis lors par un comité dédié. Le ministère agit notamment sur l'accès aux formations et l'évolution des certifications, sur la formation par l'apprentissage et la formation continue, ainsi que sur les possibilités de reconversion. Il travaille également avec le Centre national de la fonction publique territoriale afin de faciliter l'accès des MNS aux emplois territoriaux et avec le ministère de l'intérieur sur les conditions d'accès aux concours correspondants. Ces actions visent à renforcer le vivier de professionnels et à favoriser leur maintien dans l'emploi. S'agissant enfin de l'effectivité du savoir-nager avant l'entrée au collège, celle-ci repose sur un parcours national qui débute dès l'école maternelle avec l'aisance aquatique et se poursuit à l'école élémentaire avec l'acquisition du savoir-nager en sécurité. L'objectif est que les élèves maîtrisent les compétences attendues au cours du cycle 3. Pour ceux qui ne les ont pas acquises, des actions spécifiques doivent permettre de poursuivre les apprentissages, notamment au collège. Le déploiement est suivi dans les territoires et s'appuie, lorsque l'offre locale est insuffisante, sur la mutualisation des équipements, le recours à des bassins mobiles et, lorsque les conditions de sécurité le permettent, à certains plans d'eau adaptés. La formation initiale et continue des enseignants contribue également à la qualité de cet enseignement. Le ministère des sports, de la jeunesse et de la vie associative contribue à cette ambition par ses dispositifs de financement des équipements et des actions d'apprentissage, en complément de l'action du ministère de l'éducation nationale et des collectivités territoriales. L'objectif est ainsi de réduire les effets des disparités territoriales et sociales, et de permettre à chaque enfant d'acquérir, au cours de sa scolarité et prioritairement avant la fin du cycle 3, les compétences nécessaires pour évoluer en sécurité dans l'eau.

Données clés

Auteur : M. Jérôme Guedj

Type de question : Question écrite

Rubrique : Sports

Ministère interrogé : Sports, jeunesse et vie associative

Ministère répondant : Sports, jeunesse et vie associative

Dates :
Question publiée le 7 juillet 2026
Réponse publiée le 20 octobre 2026

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