Coût de référence des mandataires judiciaires à la protection des majeurs
Question de :
M. Arnaud Simion
Haute-Garonne (6e circonscription) - Socialistes et apparentés
M. Arnaud Simion attire l'attention de M. le ministre du travail et des solidarités sur la situation des mandataires judiciaires à la protection des majeurs exerçant à titre individuel. Les mandataires judiciaires à la protection des majeurs exerçant à titre individuel sont désignés par l'autorité judiciaire pour accompagner des personnes majeures qui ne sont plus en mesure de défendre seules leurs intérêts en raison d'une altération de leurs facultés. Ils interviennent auprès de personnes âgées, de personnes en situation de handicap, de personnes souffrant de troubles psychiques ou encore de personnes en grande précarité. Leur mission est essentielle. Elle est à la fois juridique, administrative, patrimoniale, budgétaire et humaine. Elle contribue directement à l'effectivité des droits, à la sécurisation des parcours et à la protection des personnes vulnérables. Or les professionnels alertent aujourd'hui sur la fragilisation de leur modèle économique. Depuis 2014, le coût de référence servant au financement des mesures confiées aux mandataires exerçant à titre individuel est fixé à 142,95 euros par mesure et par mois. Ce montant ne constitue pas une rémunération nette : il doit d'abord couvrir les charges de fonctionnement du cabinet, les déplacements, les assurances, les logiciels métier, le matériel informatique, la téléphonie, la comptabilité, les charges sociales et, le cas échéant, les salaires des assistants. Dans le même temps, les charges ont augmenté, les situations accompagnées se sont complexifiées et les exigences administratives et juridiques pesant sur ces professionnels se sont renforcées. Jusqu'en 2014, ce coût de référence était indexé sur le SMIC horaire. Selon les éléments transmis par la profession, s'il avait continué à suivre ce mécanisme, il atteindrait aujourd'hui 180,30 euros, soit un écart de 26,10 % avec le montant actuellement applicable. Cette situation pèse sur l'attractivité de la profession. Les mandataires judiciaires à la protection des majeurs exerçant à titre individuel assurent une part significative de la politique publique de protection juridique des majeurs. Selon les données transmises par la profession, ils exerceraient 19 % des mesures professionnelles et se verraient confier 36 % des nouvelles mesures. Leur fragilisation pourrait donc avoir des conséquences directes sur la capacité du système à répondre aux besoins croissants de protection, notamment dans un contexte de vieillissement de la population et d'augmentation des situations d'isolement. La Fédération nationale des mandataires judiciaires indépendants demande un premier geste immédiat consistant à porter le coût de référence de 142,95 euros à 150 euros par mesure. Cette revalorisation, qui ne constituerait pas un rattrapage complet du décrochage subi depuis 2014, représenterait néanmoins un signal concret de reconnaissance. Selon les éléments communiqués, son coût budgétaire aurait été estimé à 6,02 millions d'euros dans le cadre du projet de loi de finances pour 2026. Il lui demande donc si le Gouvernement entend revaloriser le coût de référence applicable aux mandataires judiciaires à la protection des majeurs exerçant à titre individuel et plus largement quelles mesures il compte prendre pour préserver l'attractivité, la soutenabilité économique et la qualité de cette mission essentielle de protection des personnes vulnérables.
Réponse publiée le 8 septembre 2026
Le Gouvernement est pleinement conscient du rôle essentiel exercé par les Mandataires judiciaires à la protection des majeurs (MJPM) auprès des personnes les plus vulnérables. Il mesure également les difficultés auxquelles ces professionnels peuvent être confrontés dans l'exercice quotidien de leurs missions, marquées par un haut niveau de responsabilité et par une charge de travail parfois importante. Depuis plusieurs années, des travaux ont été conduits afin de renforcer la structuration de la profession, d'améliorer les dispositifs de formation et d'accompagnement des acteurs et de favoriser l'attractivité de ces métiers. Ces actions traduisent l'attention constante portée par les pouvoirs publics à la qualité de l'accompagnement des majeurs protégés. S'agissant plus spécifiquement de la rémunération des mandataires individuels, il convient de rappeler que leur financement s'inscrit dans un cadre global qui repose sur un équilibre entre la participation des personnes protégées, en fonction de leurs ressources, et un financement public subsidiaire. Le coût de référence actuellement retenu constitue un élément structurant de l'ensemble du dispositif de financement des mesures de protection juridique. Dans ce contexte, une revalorisation de ce coût de référence ne produirait pas seulement des effets sur la rémunération des mandataires individuels. Elle aurait des conséquences sur l'ensemble du système de financement de la protection juridique des majeurs, dès lors que ce coût sert également de base au calcul du financement public et au plafonnement de la participation financière des personnes protégées. Une telle mesure aurait donc des incidences budgétaires significatives et pérennes, tant pour l'État que pour les autres financeurs concernés. Dans un contexte où les finances publiques appellent à un effort collectif de maîtrise de la dépense publique, le Gouvernement doit veiller à concilier la nécessaire soutenabilité budgétaire des dispositifs de solidarité avec l'objectif de préservation de la qualité de l'accompagnement des personnes protégées. C'est pourquoi toute évolution du modèle de financement des MJPM doit être envisagée dans le cadre d'une réflexion d'ensemble sur l'organisation et l'équilibre financier du secteur, afin d'en mesurer précisément les effets sur l'ensemble des acteurs et des modalités d'exercice des mesures de protection. Le Gouvernement demeure attentif à la situation des MJPM et poursuit le dialogue avec leurs représentants afin d'identifier les leviers permettant de renforcer durablement l'attractivité de la profession et d'assurer la continuité de la protection des personnes les plus vulnérables, dans le respect des contraintes qui s'imposent à la dépense publique.
Auteur : M. Arnaud Simion
Type de question : Question écrite
Rubrique : Professions judiciaires et juridiques
Ministère interrogé : Travail et solidarités
Ministère répondant : Autonomie et personnes handicapées
Dates :
Question publiée le 14 juillet 2026
Réponse publiée le 8 septembre 2026