Question écrite n° 17393 :
Situation au Sahel et échec de la stratégie militaire et diplomatique française

17e Législature

Question de : Mme Sophia Chikirou
Paris (6e circonscription) - La France insoumise - Nouveau Front Populaire

Mme Sophia Chikirou interroge M. le ministre de l'Europe et des affaires étrangères sur l'échec des opérations Serval et Barkhane au Mali et sur les responsabilités de la France dans l'impasse actuelle au Sahel. Treize ans après le lancement de l'opération Serval en 2013, les attaques coordonnées des 25 et 26 avril 2026 contre Bamako, Kati et plusieurs villes stratégiques du nord du Mali constituent un désaveu majeur de la stratégie militaire française menée au Sahel depuis plus d'une décennie. Malgré des milliards d'euros engagés, des milliers de soldats mobilisés et plusieurs années d'intervention militaire française, le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans apparaît aujourd'hui plus puissant, mieux implanté territorialement et plus capable de coordonner des offensives qu'au moment du lancement de Serval. La mort du colonel Sadio Camara, principal architecte du partenariat militaire entre la junte et la Russie, illustre également l'effondrement du dispositif sécuritaire malien après des années de militarisation du conflit. Dans le même temps, plusieurs analyses montrent qu'Iyad Ag Ghali est devenu un acteur central de la crise malienne, disposant d'une influence politique, communautaire et territoriale majeure dans le nord et le centre du pays. Cette réalité souligne l'échec d'une stratégie exclusivement fondée sur l'élimination militaire des groupes armés, sans traitement politique des causes profondes du conflit. Le rôle de l'Algérie apparaît, dans ce contexte, déterminant. Pays frontalier, acteur historique des accords d'Alger de 2015 et interlocuteur incontournable sur les équilibres du nord du Mali, l'Algérie dispose de leviers politiques et sécuritaires que la France ne peut ignorer. La question d'une éventuelle médiation ou d'un dialogue indirect avec certaines composantes des groupes armés dépend donc largement des dynamiques régionales et en particulier de la capacité d'Alger à peser sur les acteurs du conflit. Mme la députée interroge également les choix diplomatiques de la France. Alors que plusieurs initiatives de dialogue inter-malien avaient été évoquées dès 2019, Paris avait alors écarté toute perspective de dialogue politique, même indirect, avec les groupes djihadistes, au nom du principe selon lequel on ne négocie pas avec les organisations terroristes, privilégiant une logique de guerre permanente dont les résultats apparaissent aujourd'hui désastreux. Elle lui demande donc s'il entend tirer toutes les conséquences de l'échec politique, militaire et diplomatique des opérations Serval et Barkhane, engagées au nom de la lutte contre le terrorisme et de la stabilisation du Sahel, alors même que les groupes djihadistes contrôlent aujourd'hui davantage de territoires qu'en 2013 et que l'État malien apparaît plus fragilisé qu'au début de l'intervention française. Elle lui demande également si la France entend rompre avec les logiques exclusivement sécuritaires qui ont dominé sa politique sahélienne depuis plus d'une décennie et engager enfin un véritable bilan critique des opérations Serval et Barkhane, allant au-delà du seul rapport sénatorial publié en 2023 sur le sujet. Elle lui demande enfin quelle appréciation le Gouvernement porte sur le rôle que pourrait jouer l'Algérie dans une issue politique à la crise malienne, quels échanges la France entretient avec Alger à ce sujet et si elle entend soutenir, directement ou indirectement, une médiation régionale permettant de rouvrir une perspective politique malienne.

Données clés

Auteur : Mme Sophia Chikirou

Type de question : Question écrite

Rubrique : Politique extérieure

Ministère interrogé : Europe et affaires étrangères

Ministère répondant : Europe et affaires étrangères

Date :
Question publiée le 28 juillet 2026

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