Impartialité dans la conduite des enquêtes et analyses des accidents Industriels
Publication de la réponse au Journal Officiel du 25 novembre 2025, page 9549
Question de :
M. Matthias Tavel
Loire-Atlantique (8e circonscription) - La France insoumise - Nouveau Front Populaire
M. Matthias Tavel alerte Mme la ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques sur l'absence d'impartialité dans la conduite des enquêtes et analyses faisant suite à des accident ou avaries s'étant produits sur des sites ICPE ou classés SEVESO et qui sont conduites par les industriels qui en sont eux-mêmes responsables. Samedi 23 novembre 2024, aux alentours de 22 h 50, une fuite de pétrole brut a été détectée sur le bras numéro 5 de l'appontement n° 6 de la raffinerie de Donges située en bord de Loire. 15 000 litres de pétrole se sont ainsi déversés dans la Loire. Ce nouvel accident à la raffinerie de Donges fait suite aux récents qui ont eu lieu, notamment le 21 décembre 2022 et à l'occasion duquel 800 000 litres de naphta se sont échappés d'une cuve, saturant l'air de la commune de Donges pendant quatre jours. Après que les services de l'État ont immédiatement annoncé qu'aucune pollution et qu'aucun impact sanitaire n'était à déplorer, quelques jours seulement après ces déclarations rassurantes de la préfecture, un rapport de l'association Air Pays de la Loire a mis en évidence la présence de polluants plus nombreux dans l'air et à plus forte concertation grâce aux absorbeurs de gaz installés autour du site. Ils ont révélé une hausse du nombre de composés chimiques présents dans l'air pendant l'accident, passant de « de treize à plus d'une trentaine ». En outre, dès le mois de janvier 2023, un rapport rédigé par l'INERIS (Institut national de l'environnement industriel et des risques) était transmis à TotalEnergies. Malgré les nombreuses demandes de sa communication par les associations de riverains et de défense de l'environnement, TotalEnergies a prétendu ne pas être en sa possession. L'exploitant s'est finalement résolu à le communiquer à l'occasion d'un comité de suivi de site qui a eu lieu le 6 septembre 2024. Il a donc retenu ce rapport dont les conclusions n'allaient pas en son sens pendant 21 mois. S'agissant de l'accident du 23 novembre 2024, l'inspection de la DREAL annoncée par le sous-préfet de Saint-Nazaire qui a eu lieu lundi 25 novembre 2024 n'a pas permis d'identifier l'origine de la fuite. Le chef d'unité départementale Loire-Atlantique de la DREAL a indiqué par voie de presse qu'« un rapport d'accident réalisé par TotalEnergies devra permettre de la déterminer. Il nous sera transmis et on décidera alors s'il y a lieu de compléter ces investigations, voire de solliciter des tierces expertises. ». Il est pour le moins contestable que les services de l'État ne décident pas de mener des investigations complémentaires sans attendre ce rapport d'accident rédigé par l'industriel qui lui-même auteur potentiel du dommage. A fortiori, s'agissant de TotalEnergies Donges, compte tenu qu'il a dissimulé un rapport établi par les services de l'État qui ne lui était pas favorable pendant 21 mois. Il lui demande donc comment l'État entend garantir l'impartialité des enquêtes et rapports en résultant, dans la recherche des causes des accidents industriels et de leurs auteurs, afin d'en déterminer les responsabilités et réparation des dommages causés.
Réponse publiée le 25 novembre 2025
La raffinerie de Donges, exploitée par TotalEnergies, est un établissement relevant de la réglementation des installations classées pour la protection de l'environnement (ICPE) sous le régime Seveso Seuil Haut. À ce titre, l'exploitant est responsable des évènements qui surviennent au sein de son établissement, ainsi que de la mise en œuvre des études et remèdes que rendraient nécessaires les conséquences d'un accident ou d'un incident, à ses frais. Dès la déclaration de l'accident par TotalEnergies le 23 novembre 2024, l'ensemble des services de l'État a été immédiatement mobilisé, en lien avec la commune de Donges, pour coordonner l'action à mener. Une inspection réactive a été menée par la DREAL dès le 25 novembre 2024, afin de constater et contrôler les mesures engagées et mises en œuvre par l'exploitant pour protéger les intérêts mentionnés à l'article L. 511-1 du code de l'environnement. Ainsi, l'article L. 512-20 du code de l'environnement prévoit que, « en vue de protéger les intérêts visés à l'article L. 511-1, le préfet peut prescrire la réalisation des évaluations et la mise en œuvre des remèdes que rendent nécessaires soit les conséquences d'un accident ou incident survenu dans l'installation. ». L'article R. 512-69 du code de l'environnement précise par ailleurs que l'exploitant est tenu de déclarer à l'inspection des installations classées les accidents ou incidents survenus du fait du fonctionnement de cette installation qui sont de nature à porter atteinte aux intérêts mentionnés à l'article L. 511-1, et qu'il doit transmettre un rapport d'accident « précisant notamment, les circonstances et les causes de l'accident ou de l'incident, les substances dangereuses en cause, s'il y a lieu, les effets sur les personnes et l'environnement, les mesures d'urgence prises, les mesures prises ou envisagées pour éviter un accident ou un incident similaire et pour en pallier les effets à moyen ou à long terme. » Des expertises techniques ont été diligentées pour identifier la cause de cette fuite, sa localisation étant elle connue dès le début de l'accident. Les conclusions de ce type d'accidents sont partagées avec le Bureau d'Analyse des Risques et Pollutions Industriels (BARPI) pour que les autres exploitants puissent prévenir la survenue de nouvel incident ayant des causes similaires. En ce qui concerne l'évènement survenu en 2022 sur la raffinerie de Donges, l'étude d'évaluation des expositions via la qualité de l'air durant l'accident a été réalisée par l'Ineris pour le compte de l'exploitant TotalEnergies, au titre de prestations commerciales. TotalEnergies a transmis le rapport de l'INERIS au préfet le 27 juin 2024. Le préfet a ensuite organisé une commission de suivi de site (CSS) associant élus locaux et représentants de riverains, afin de présenter ce rapport et ses conclusions, le 6 septembre 2024. Le rapport a été diffusé aux membres de la CSS à cette occasion et a été accompagné de la transmission d'un communiqué de presse diffusée par les services de la préfecture.
Auteur : M. Matthias Tavel
Type de question : Question écrite
Rubrique : Industrie
Ministère interrogé : Transition écologique, énergie, climat et prévention des risques
Ministère répondant : Transition écologique
Signalement : Question signalée au Gouvernement le 10 février 2025
Dates :
Question publiée le 10 décembre 2024
Réponse publiée le 25 novembre 2025