Question écrite n° 3977 :
Prévention des suicides au sein des populations autochtones guyanaises

17e Législature

Question de : M. Davy Rimane
Guyane (2e circonscription) - Gauche Démocrate et Républicaine

M. Davy Rimane interroge M. le ministre auprès de la ministre du travail, de la santé, de la solidarité et des familles, chargé de la santé et de l'accès aux soins, sur les mesures prises en matière de prévention des suicides auprès des populations autochtones de Guyane. En effet, depuis le début des années 2000, prévaut, en particulier à Camopi et à Trois Sauts, un important taux de suicides. Selon le baromètre 2021 de santé publique France, leur nombre était huit fois supérieur à la moyenne nationale, tendance que confirment les dernières études. Ce problème affecte particulièrement les autochtones, puisque le reste de la Guyane connaît un taux inférieur à la moyenne nationale. Autre particularité, il touche principalement les jeunes et les personnes mineures, puisque 38 % des personnes concernées avaient moins de 19 ans et 62 % avaient moins de 30 ans. Ce phénomène a donné lieu à un rapport publié le 30 novembre 2015 par la sénatrice Aline Archimbaud et la députée Marie-Anne Chapdeleine. Plusieurs causes ont ainsi été identifiées : isolement géographique, désœuvrement et absence de perspectives, raisons économiques et sociales, causes sanitaires, intrafamiliales, identitaires et culturelles. Les deux parlementaires ont formulé trente-sept propositions pour inverser cette tendance. En 2017, le programme, « Bien-être des populations de l'intérieur » (BEPI) a été mis en place et confié au groupe SOS Jeunesse (GSOSJ) en 2018. En 2023, celui-ci a été remplacé par le « Plan Mieux-Être ». En dépit de ces mesures et des propositions figurant dans le rapport de 2015, cette situation, connue depuis près d'un quart de siècle, perdure. Il l'interroge donc sur les suites données aux préconisations du rapport précité et plus généralement, sur les mesures envisagées pour renforcer la prévention des suicides auprès des populations concernées, compte tenu de la persistance de ce drame, que vivent particulièrement les populations autochtones de Guyane.

Réponse publiée le 16 septembre 2025

La prévention du suicide est une priorité pour le ministère chargé de la santé, qui l'a inscrite dans l'action 6 de la feuille de route pour la santé mentale et la psychiatrie de 2018, détaillée dans une instruction aux Agences régionales de santé (ARS) du 6 juillet 2022, relative à la stratégie nationale de prévention du suicide. Cette stratégie a pour objectif de coordonner et mettre en place dans les territoires un ensemble d'actions intégrées de prévention du suicide, pilotées par les ARS. Ces actions s'établissent autour de cinq axes principaux : - le maintien du contact avec les personnes ayant fait une tentative de suicide via le déploiement du dispositif VigilanS, récemment renforcé pour une meilleure prise en charge du public « mineurs » ; - la formation d'intervenants en prévention du suicide selon trois modules d'intervention (sentinelles ; évaluateurs ; intervenants de crise) ; - la prévention des phénomènes de contagion suicidaire par la mise en place de plans d'actions régionaux ou locaux en amont et en aval d'un suicide ; - le numéro national de prévention du suicide, le 3114, ouvert depuis le 1er octobre 2021, disponible 7J/7 et H24 dans toute la France, géré par des professionnels de santé formés à la prévention du suicide ; - l'information et la sensibilisation du public à cette problématique, et plus globalement à la santé mentale. Dans ce cadre, plusieurs actions sont déployées par l'ARS en Guyane afin de prévenir les conduites suicidaires des populations autochtones de son territoire. Le Centre ressources de prévention du suicide (CRPS), créé en 2020 par l'ARS et rattaché au pôle santé mentale du centre hospitalier de Cayenne, propose ainsi des formations d'intervenants en prévention du suicide (formations sentinelle dispensées aux personnes qui le souhaitent, également proposées aux médiateurs en santé notamment dans les communes de l'intérieur, et formations évaluation/intervention de crise réservées aux professionnels de santé). Le CRPS propose aussi une intégration dans le dispositif VigilanS (créé en 2020 et rattaché au pôle santé mentale du centre hospitalier de Cayenne) des personnes ayant fait une tentative de suicide (556 inclusions réalisées depuis l'ouverture), ainsi que des interventions d'équipes mobiles en prévention du suicide qui peuvent aller sur place afin de prévenir les phénomènes de contagion suicidaire. Le numéro national de prévention du suicide, le 3114 est également accessible en Guyane (prise en charge des appels par le centre répondant d'Occitanie basé à Montpellier) ; une réflexion est en cours pour savoir s'il serait pertinent d'ouvrir un centre répondant 3114 en Guyane, en capacité notamment d'accéder aux populations des communes de l'intérieur. En plus de ces actions spécifiques à la stratégie nationale de prévention du suicide, l'ARS en Guyane déploie, dans le cadre des plans Bien-être des populations intérieures et Plan Mieux être, des actions de médiation en santé auprès des populations de Camopi et de Trois Sauts, mais également à Maripasoula et Grand-Santi (communes fortement touchées par cette problématique). Ces projets sont portés par des associations ou par les centres délocalisés de prévention et de soins (dispensaires répartis dans les communes de Guyane qui dépendent du centre hospitalier de Cayenne) qui forment des médiateurs en santé (professionnels des secteurs sanitaire ou social, ou personnes issues d'un parcours militant, recrutées pour leur connaissance des communautés) à l'aller-vers et à l'accompagnement des populations éloignées du soin. Ces médiateurs peuvent, soit accompagner les personnes dans leurs démarches de soins, soit organiser des actions de prévention en santé mentale (déploiement notamment des compétences psychosociales), sur les conduites addictives, la prévention des violences etc. Enfin, de manière plus large, et en raison du caractère multifactoriel des difficultés rencontrées par ces populations, l'ARS travaille en lien étroit avec le Grand Conseil Coutumier, les chefs coutumiers, les élus locaux et la mission interministérielle des populations amérindiennes et bushinenges pour définir des actions au plus près des besoins.

Données clés

Auteur : M. Davy Rimane

Type de question : Question écrite

Rubrique : Outre-mer

Ministère interrogé : Santé et accès aux soins

Ministère répondant : Santé et accès aux soins

Dates :
Question publiée le 11 février 2025
Réponse publiée le 16 septembre 2025

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