LNPCA : un projet délétère pour la région Sud
Question de :
Mme Julie Lechanteux
Var (5e circonscription) - Rassemblement National
Mme Julie Lechanteux attire l'attention de M. le ministre auprès du ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation, chargé des transports, sur les conséquences délétères du projet de ligne nouvelle Provence Côte d'Azur pour l'équilibre financier, écologique et démocratique de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur. Les phases 1 et 2, dont le lancement est programmé en 2025 pour des mises en service en 2030, visent principalement la rénovation et la restructuration des infrastructures ferroviaires des grandes métropoles (Nice, Marseille, Toulon). Les phases 3 et 4, envisagées pour 2040, prévoient ensuite une réorganisation de la ligne à grande vitesse régionale pour un gain de temps marginal entre Marseille et Nice. Les communes et intercommunalités plus éloignées, qui financent pourtant ce projet estimé à 15 milliards d'euros depuis des années, peinent à en percevoir l'intérêt. Pire encore, certaines d'entre elles, comme Saint-Raphaël, risquent de perdre toute desserte ferroviaire. Il apparaît pourtant bien plus pertinent, pour la région, d'investir prioritairement dans la rénovation et l'entretien des lignes existantes - notamment les TER, les trains et les trajets du quotidien - afin de mieux desservir les territoires enclavés et répondre aux besoins réels des usagers. La construction d'un tunnel sous le massif de l'Estérel compromet fortement l'attribution du label « Grand Site de France » à ce territoire. Par ailleurs, l'artificialisation de centaines d'hectares de terres agricoles laissera des traces irréversibles sur le patrimoine naturel de la région. Ces travaux vont ainsi à contre-courant des efforts collectifs pour la préservation du potentiel agricole régional et la protection de son patrimoine naturel, qui constituent pourtant des atouts essentiels de son attractivité touristique. Les alertes des élus locaux sont restées pour l'essentiel lettres mortes. La région sanctionne les communautés d'agglomération qui n'apportent pas un soutien sans réserve au projet : Estérel Côte d'Azur Agglomération voit ainsi 10 millions d'euros de dotations régionales amputées. S'y ajoute l'extension du versement mobilité à toutes les entreprises de plus de onze salariés, nouvelle taxe destinée à financer l'emballement des dépenses de « transports » et de « décarbonation », sans concertation préalable. Aussi, Mme la députée souhaite obtenir des réponses précises sur les points suivants. Quelles mesures entend-il prendre pour garantir une véritable concertation avec les élus locaux et les parties prenantes ? Quand et selon quelles modalités le Gouvernement compte-t-il publier une étude d'impact complète sur les phases 3 et 4, incluant un bilan coûts/bénéfices pour l'ensemble des territoires concernés ? M. le ministre envisage-t-il de suspendre la réorganisation des dessertes ferroviaires de communes comme Saint-Raphaël, tant qu'aucune alternative satisfaisante n'a été débattue avec les élus et les usagers locaux ? Elle appelle à une réponse claire et responsable, à la hauteur des enjeux que soulève ce projet pour les habitants, les finances locales et l'environnement et souhaite connaître sa position sur le sujet.
Réponse en séance, et publiée le 16 juillet 2025
LIGNE PROVENCE CÔTE D'AZUR
Mme la présidente . La parole est à Mme Julie Lechanteux, pour exposer sa question, no 407, relative à la ligne Provence Côte d'Azur.
Mme Julie Lechanteux . En tant que députée de la cinquième circonscription du Var, je souhaite vous alerter sur les conséquences du projet ferroviaire de nouvelle ligne à grande vitesse entre Marseille et Nice. Cette ligne dite nouvelle n'a plus grand-chose de nouveau : annoncée au début des années 2000, elle est devenue le serpent de mer favori des majorités régionales qui se succèdent, brandissant inlassablement les prétendues retombées bénéfiques que le projet aurait pour notre territoire.
Ce chantier pharaonique, dont le coût s'est envolé de 4,5 à 16 milliards d'euros, avance au profit quasi exclusif des grandes métropoles comme Marseille, Toulon ou Nice. Les phases 1 et 2, prévues entre 2025 et 2030, les concernent en priorité. Pendant ce temps, les investissements dans les lignes existantes – les trains express régionaux (TER) et les trains du quotidien – sont relégués au second plan. Pourtant, j'entends exprimer avec force sur le terrain l'attente que leur fiabilité, leur fréquence et leur accessibilité soient améliorées, ce qui constituerait un levier efficace pour répondre aux besoins des familles. Les phases 3 et 4, envisagées à l'horizon 2040, visent à réorganiser la ligne à grande vitesse pour gagner quinze minutes entre Marseille et Nice. Dépenser 16 milliards d'euros pour gagner quinze minutes, c'est une aberration.
Les grandes perdantes de ce projet sont les communes éloignées des grands centres. Par exemple, la gare de Saint-Raphaël-Valescure, qui accueille annuellement 1 360 000 voyageurs, perdrait sa desserte TGV. Les dégâts sur l'économie locale du tourisme seraient majeurs.
L'impact environnemental est également préoccupant. La construction d'un tunnel traversant le massif de l'Estérel compromet sa candidature au label Grand Site de France. Ce site Natura 2000, le cœur d'un futur parc naturel régional, est directement menacé. En outre, des centaines d'hectares de terres agricoles seront artificialisés. Dans un contexte où le foncier agricole français s'efface à hauteur d'un département tous les dix ans, c'est un choix impardonnable !
Je souhaite enfin dénoncer le mépris affiché envers les élus locaux. Non seulement les collectivités sont ignorées, mais celles qui osent émettre des réserves sont sanctionnées. Estérel-Côte d'Azur-Agglomération aurait ainsi été privée de 10 millions d'euros de dotations régionales pour s'être opposée au projet : manœuvre scandaleuse ! Cette injustice ne s'arrête pas là. Elle s'étend désormais aux entreprises régionales. Le versement mobilité imposé par la région à toutes les entreprises de plus de onze salariés constitue une nouvelle charge injuste.
Je vous le demande solennellement : comment peut-on investir 16 milliards d'euros sans écouter les élus, sans respecter notre patrimoine et sans répondre à l'urgence du désenclavement territorial ? Notre région mérite mieux qu'un projet conçu pour les seules métropoles, déconnecté des réalités locales et qui alourdit la pression fiscale sur nos intercommunalités et sur nos entreprises.
Mme la présidente . La parole est à Mme la ministre déléguée chargée de la ruralité.
Mme Françoise Gatel, ministre déléguée chargée de la ruralité . Je vous prie d'excuser l'absence de M. le ministre chargé des transports.
Le projet des phases 1 et 2 de la ligne nouvelle Provence Côte d'Azur vise à désaturer les nœuds ferroviaires de Marseille, de Toulon et de la Côte d'Azur pour répondre aux besoins de transports du quotidien et pour améliorer les conditions d'exploitation et de robustesse du réseau. Outre l'appui du gouvernement, ce projet reçoit le soutien affirmé des collectivités et des élus varois. Je pense en particulier à la région, au département du Var, à la métropole Toulon-Provence-Méditerranée et à la communauté d'agglomération Dracénie-Provence-Verdon.
Dans le Var, le début des travaux de la phase 1, prévu cette année, permettra de mettre en œuvre le service express régional métropolitain (Serm) de Toulon, qui assurera une desserte omnibus au quart d'heure pendant les heures de pointe, et de transformer les gares de Saint-Cyr-sur-Mer et de La Pauline-Hyères en véritables pôles d'échanges multimodaux. Cette première phase du projet permettra également l'amélioration de la sécurité grâce au remplacement des traversées piétonnes par des passerelles à Solliès-Pont, à Cuers, à Puget-Ville et à Carnoules.
Les phases 3 et 4 ne font pas partie du projet déclaré d'utilité publique en 2022 et la reprise des études à leur sujet n'est pas programmée à ce jour. Elles nécessiteront, le moment venu, une nouvelle concertation publique qui permettra, comme cela a été fait pour les phases 1 et 2, de recueillir l'avis de l'ensemble des élus et des habitants des territoires concernés, y compris sur leurs conséquences en matière de desserte locale. Le ministre Philippe Tabarot se tient à votre disposition pour toute question complémentaire.
Mme la présidente . La parole est à Mme Julie Lechanteux.
Mme Julie Lechanteux . Je ne peux pas vous laisser dire que les élus varois soutiennent massivement ce projet. Des collectivités comme Estérel-Côte d'Azur-Agglomération ont voté plusieurs motions de rejet contre le projet de ligne à grande vitesse.
Par ailleurs, vous affirmez que les phases 1 et 2 visent à améliorer le réseau de transports, mais dans les faits, l'essentiel du budget est consacré à la rénovation de la gare de Marseille-Saint-Charles et à la création d'une traversée souterraine à Marseille, pas à l'entretien des lignes quotidiennes. Surtout, rien de significatif n'est prévu pour la maintenance du réseau ferré et des équipements vieillissants, qui sont pourtant la première cause des retards et annulations de TER ou de TGV dans notre région. La ligne Marseille-Nice est d'ailleurs une des plus lentes de France à cause de l'état du réseau.
Auteur : Mme Julie Lechanteux
Type de question : Question orale
Rubrique : Transports ferroviaires
Ministère interrogé : Transports
Ministère répondant : Transports
Date : La question a été posée au Gouvernement en séance, parue au Journal officiel du 10 juin 2025