Situation des Alaouites et des chrétiens en Syrie
Question de :
M. Jérôme Nury
Orne (3e circonscription) - Droite Républicaine
Question posée en séance, et publiée le 12 mars 2025
SITUATION DES ALAOUITES ET DES CHRÉTIENS EN SYRIE
Mme la présidente . La parole est à M. Jérôme Nury.
M. Jérôme Nury . Je tiens à revenir sur les événements tragiques survenus en Syrie. Nous avons tous été bouleversés par les images des corps ensanglantés, sans vie, des Alaouites des provinces de Lattaquié et de Tartous. Les milices islamistes, assoiffées de sang, se sont livrées à une véritable chasse à l'homme. Elles ont battu, humilié puis assassiné sauvagement plusieurs centaines d'hommes, de femmes et d'enfants – tués, parce qu'Alaouites.
Si Bachar al-Assad était issu de cette minorité musulmane chiite, tous les Alaouites n'étaient pas complices de l'ancien régime. Alors que le nouveau leader de la Syrie, Ahmed al-Charaa, prétend ne pas être à l'origine de ces terribles massacres, l'ancien chef du groupe djihadiste al-Nosra n'a rien fait pour empêcher ses anciens affidés et actuels complices de se livrer à un début d'épuration ethnique.
Président du groupe d'études sur les chrétiens d'Orient, j'ai recueilli de nombreux témoignages de chrétiens syriens. Ils sont unanimes et terrifiés : « Hier, les islamistes ont massacré les Alaouites. Demain, ils nous massacreront. » Rappelons que la France et la Syrie partagent une histoire commune forte, notamment eu égard aux origines du christianisme qui fonda notre nation.
M. Patrick Hetzel . Très juste !
M. Jérôme Nury . En effet, c'est sur le chemin de Damas que saint Paul se convertit et, aujourd'hui encore, des villages comme Maaloula parlent l'araméen, la langue du Christ.
Monsieur le ministre des affaires étrangères, lors de votre visite à Damas en décembre 2024, vous aviez, à juste titre, demandé au nouveau dirigeant à ce que les minorités chrétiennes et syriennes soient protégées. Après ce terrible massacre, comment comptez-vous faire pression sur le nouveau régime ? Dans quelques jours se tiendra à Bruxelles la conférence des donateurs en présence, peut-être, d'Ahmed al-Charaa, qui souhaitera donner des gages de bonne volonté et obtenir des financements. Conditionnerez-vous la participation de la France à une sécurisation des territoires dans lesquels, en Syrie, vivent les minorités et à l'envoi d'une mission des Nations unies sur place pour faire toute la lumière sur le massacre des Alaouites ? (Applaudissements sur les bancs du groupe DR et sur plusieurs bancs des groupes Dem et HOR. – M. Éric Ciotti applaudit aussi.)
Mme la présidente . La parole est à M. le ministre de l’Europe et des affaires étrangères.
M. Jean-Noël Barrot, ministre de l'Europe et des affaires étrangères . Je vous remercie pour votre engagement en tant que président du groupe d'études sur les chrétiens d'Orient. Si les massacres perpétrés ces derniers jours sur la côte alaouite ont principalement touché cette communauté, les communautés chrétiennes n'ont pas été épargnées par les exactions. Nous sommes engagés en faveur de toutes les communautés en Syrie. Anne Bergantz l'a rappelé, nous avons accueilli très favorablement l'accord trouvé hier, après des semaines de médiation, entre le gouvernement intérimaire et les Kurdes, qui permet de résoudre une partie du problème qui entravait le chemin de la Syrie vers l'unité et vers la paix.
Cependant, nous accordons une attention toute particulière aux communautés chrétiennes en Syrie. En témoigne le choix que j'ai fait, lorsque je me suis rendu le 3 janvier à Damas, de rencontrer en premier lieu les patriarches grecs orthodoxes et grecs catholiques pour écouter leurs attentes et les relayer auprès du gouvernement intérimaire. Cette attention particulière s'illustre aussi par le soutien continu de la France à l'association L'Œuvre d'Orient et au fonds pour les écoles d'Orient, dont les moyens budgétaires ont été préservés en dépit des efforts importants que mon ministère a dû consentir.
Parce que la défense des chrétiens d'Orient est un axe fort de notre politique étrangère au Proche et au Moyen-Orient, nous avons soutenu, au Liban, le système éducatif chrétien pour lui permettre de traverser la crise économique ; nous participons, en Irak, au financement de la restauration du patrimoine historique chrétien ; enfin, à Jérusalem, la France assume son rôle de protectrice des communautés chrétiennes. Nous ne le faisons pas dans un esprit religieux mais avec la conviction que c'est le pluralisme qui permettra à la région de retrouver la stabilité, la paix et la sécurité. Quant à la conférence qui se tiendra la semaine prochaine, j'ai décrit notre approche à l'égard de la Syrie : elle est conditionnée, proportionnée et réversible. Il va de soi que nous ne pourrons soutenir aucune nouvelle levée de sanctions sans que des garanties nous soient données que les crimes commis sont bien traduits devant la justice et punis. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes EPR, DR et Dem.)
Auteur : M. Jérôme Nury
Type de question : Question au Gouvernement
Rubrique : Politique extérieure
Ministère interrogé : Europe et affaires étrangères
Ministère répondant : Europe et affaires étrangères
Date de la séance : La question a été posée au Gouvernement en séance, parue dans le journal officiel le 12 mars 2025