Fermeture du lycée Rabelais dans le 18e arrondissement
Question de :
Mme Danièle Obono
Paris (17e circonscription) - La France insoumise - Nouveau Front Populaire
Mme Danièle Obono interroge M. le ministre de l'éducation nationale sur les mesures qu'il entend prendre pour garantir l'accès à l'enseignement général public dans le 18e arrondissement de Paris, à la suite de la fermeture définitive du lycée François Rabelais. Cette fermeture concerne près de 1 200 élèves, dispersés sur plusieurs sites depuis 2020, et fragilise leur suivi pédagogique tout en supprimant la seule offre de lycée général public sur ce territoire. Elle s'inscrit dans un contexte plus large de suppressions de postes et de classes à Paris et risque d'accentuer les inégalités territoriales et sociales. Elle souhaite connaître sa position sur le sujet.
Réponse en séance, et publiée le 4 février 2026
FERMETURE DU LYCÉE FRANÇOIS-RABELAIS À PARIS
Mme la présidente . La parole est à Mme Danièle Obono, pour exposer sa question, no 567, relative à la fermeture du lycée François-Rabelais à Paris.
Mme Danièle Obono . La fermeture définitive du lycée François-Rabelais, le seul établissement secondaire général du 18e arrondissement sur un territoire de près de 200 000 habitants et habitantes, est une décision lourde de sens qui marque une profonde inégalité territoriale scolaire. En février 2020, après la tempête Ciara, ce lycée a été fermé en urgence par la région, alors que des enseignants, des enseignantes et des parents s'étaient déjà mobilisés pour dénoncer la dangerosité des bâtiments.
Le mois suivant, près de 1 200 élèves ont été dispersés dans plusieurs lycées parisiens : les classes générales dans les 17e et 19e arrondissements, les filières technologiques dans les 13e et 19e et les BTS dans les 13e et 14e. Certains et certaines élèves ont dû changer d'établissement et parcourir plus d'une heure et demie chaque jour. Les préfabriqués initialement prévus pour 2020 n'ont été installés qu'en 2021 dans le 17e arrondissement.
L'éclatement du lycée sur plusieurs sites a profondément dégradé le suivi pédagogique, avec la suppression d'options et des difficultés accrues pour les enseignants et les enseignantes à accompagner leurs élèves. C'est une dégradation concrète du service public d'éducation nationale.
Alors même que la région s'était engagée à rénover le lycée, elle a finalement annoncé que ce ne serait pas le cas et que le lycée fermerait définitivement. Cela touche les enseignants et les enseignantes et les élèves et leur famille, qui se retrouvent sans information sur leur affectation pour la rentrée prochaine. Cela affecte le territoire, qui perd son seul lycée général, et cela vient une fois de plus mettre à mal l'enseignement public.
Cette décision s'inscrit dans un contexte plus large de suppression massive de classes à Paris depuis plusieurs années. Pour la rentrée 2025, on a annoncé la suppression de 110 postes de professeurs des écoles et de 92 postes d'enseignants et d'enseignantes en collège et lycée. Le 18e arrondissement est particulièrement concerné par ces fermetures.
Ces choix politiques affaiblissent l'école publique, en particulier dans les quartiers populaires. Pour des élèves déjà soumis à une très forte pression et à une importante charge mentale, liées au parcours de combattant qu'est devenue leur trajectoire scolaire, notamment en raison du tri social et territorial imposé par le système Parcoursup, ces choix ajoutent encore des difficultés.
La fermeture du lycée Rabelais illustre ainsi plus largement la remise en cause de l'accès à l'enseignement général public dans le 18e arrondissement et renforce les inégalités. Dans un territoire déjà marqué par la précarité, priver les élèves de leur lycée, c'est les priver d'accès aux voies de la connaissance et de l'émancipation. Que comptez-vous faire pour maintenir un lycée général public dans le 18e arrondissement de Paris, assurer l'avenir des élèves et garantir l'égalité éducative dans le territoire parisien ?
Mme la présidente . La parole est à M. le ministre de l'éducation nationale.
M. Édouard Geffray, ministre de l'éducation nationale . Je souhaite d’abord vous répondre sur le contexte général : Paris est confronté à une chute démographique très importante qui fait notamment que, dans le premier degré, le taux d’encadrement y est un des plus élevés de métropole.
J’en viens maintenant au cœur de votre question, qui porte sur l’accès aux lycées publics de proximité. Paris compte une centaine de lycées pour un territoire relativement limité et très bien desservi par les transports en commun. Je rappelle le principe essentiel de l’organisation scolaire parisienne : l’accès à un lycée public de proximité ne se définit pas seulement à l’échelle d’un arrondissement, mais dans le cadre de territoires d’affectation construits autour des collèges. Chaque collège est rattaché à cinq lycées de secteur 1, qui sont tous situés à moins de vingt-cinq minutes de transport et pour lesquels les élèves bénéficient d’une priorité forte grâce à un bonus de points significatif dans la procédure d’affectation.
On peut prendre en considération l’absence d’implantation physique d’un lycée dans le 18e arrondissement, mais elle ne signifie pas l’absence de solutions publiques de proximité pour les élèves de ce territoire. Les données d’affectation de juin 2025 montrent que, sur 779 élèves de troisième résidant dans le 18e arrondissement et qui ont demandé une seconde générale ou technologique, 730 ont été affectés sur l’un de leurs trois premiers vœux. Elles montrent également que l’ensemble de ces élèves ont obtenu une affectation avant la mi-juillet.
S'agissant du lycée François-Rabelais, la décision de ne pas reconstruire l'établissement, annoncée en 2023, s'inscrit dans une évolution progressive de ses usages. Depuis 2020, les effectifs ont fortement diminué : cette année, 288 élèves seulement y étaient encore scolarisés ; lors de la dernière campagne d'affectation, la demande pour ce lycée était très inférieure à ses capacités d'accueil.
À compter de la rentrée 2026, le site accueillera temporairement des classes préparatoires, dans le cadre de travaux menés dans un autre établissement parisien. Les élèves actuellement scolarisés à Rabelais feront l'objet d'une attention particulière. Les formations technologiques ont été réimplantées dans les lycées du 19e arrondissement et des arrondissements voisins.
Après concertation avec les collectivités territoriales compétentes, les collèges précédemment rattachés à Rabelais se verront proposer des lycées de remplacement, tous situés dans le même régime de périmètre applicable à toute la scolarité parisienne. L'objectif demeure inchangé : garantir à chaque élève parisien l'accès équitable, lisible et sécurisé à l'enseignement public, sans accentuer les inégalités territoriales ou sociales, et en assurant la mixité sociale des établissements.
Mme la présidente . La parole est à Mme Danièle Obono.
Mme Danièle Obono . Malheureusement, la disparition du seul lycée d'enseignement général du 18e arrondissement signifie la fin de l'accès de tous les élèves à cet enseignement. Par ailleurs, même si vous avez rappelé la densité du réseau de transports parisien, obliger des élèves mineurs à faire au minimum une heure et demie de transport chaque jour constitue une charge supplémentaire importante.
De toute évidence, la disparition de ce lycée nuira donc aux conditions d'éducation et d'études des élèves, et réduira l'accès au parcours scolaire de leur choix.
Auteur : Mme Danièle Obono
Type de question : Question orale
Rubrique : Enseignement secondaire
Ministère interrogé : Éducation nationale
Ministère répondant : Éducation nationale
Date : La question a été posée au Gouvernement en séance, parue au Journal officiel du 27 janvier 2026