Question orale n° 583 :
Politique de l'eau : révision du SAGE Vilaine

17e Législature

Question de : Mme Claudia Rouaux
Ille-et-Vilaine (3e circonscription) - Socialistes et apparentés

Mme Claudia Rouaux attire l'attention de Mme la ministre de la transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature sur la révision du schéma d'aménagement et de gestion des eaux de la Vilaine. Alors que plus de 90 % des masses d'eau sont dégradées sur ce bassin versant, il y a urgence à agir pour préserver la ressource en eau, avec une gestion plus ambitieuse et plus volontariste, tant sur le plan qualitatif que quantitatif. La révision du SAGE engagée en 2022 s'inscrit dans un cadre juridique transparent et démocratique. La commission locale de l'eau (CLE) a réuni l'ensemble des acteurs concernés (élus, usagers, représentants du secteur agricole et du monde économique, associations environnementales et services de l'État), dans le respect des principes de concertation et de gouvernance prévus par le code de l'environnement. Après plusieurs années de réflexion et de débat démocratique, le processus de révision est arrivé à son terme : c'est l'aboutissement d'un travail collectif significatif et d'un compromis exigeant. Dans un contexte de crise agricole multifactorielle, l'annonce par M. le Premier ministre d'un moratoire sur la politique de l'eau à l'échelle nationale et de façon indifférenciée suscite de légitimes et fortes inquiétudes auprès des acteurs locaux du bassin versant de la Vilaine. Certes, l'interdiction de l'usage des herbicides dans des secteurs à risque d'érosion sur les zones de captage d'eau potable cristallise leur opposition, mais cette disposition est une nécessité au regard d'un diagnostic partagé, y compris par les chambres d'agriculture. Elle ne concerne que 40 000 hectares de culture de maïs, soit moins de 1,5 % de la surface utile agricole concernée. Des dérogations seront possibles pour pallier certaines situations d'ordre technique ou climatique. Des mesures d'accompagnement sont prévues à hauteur de 26 millions d'euros. Les actions de certains syndicats agricoles (FDSEA, JA et Coordination rurale) ne sont pas acceptables dans un État de droit, comme le fait d'empêcher la tenue d'une réunion de la commission locale de l'eau à Chateaubourg en décembre 2025 et de perturber celle à Sainte-Marie en janvier 2026. La politique de l'eau ne concerne pas seulement les agriculteurs, mais la société toute entière car c'est un enjeu de santé publique et de protection de l'environnement. Une éventuelle suspension de la révision du SAGE Vilaine porterait atteinte à une démarche mature et à des travaux exemplaires en faveur d'une gestion durable de la ressource en eau à l'échelle du bassin de la Vilaine qui compte 1,3 million d'habitants en Bretagne et Pays-de-la-Loire. Elle l'interroge donc sur les engagements que compte prendre le Gouvernement pour garantir le bon déroulement du vote définitif de la commission locale de l'eau sur la révision du SAGE Vilaine, prévu le 16 février 2026, ainsi que sa mise en œuvre au service d'une gestion durable et raisonnée de la ressource en eau.

Réponse en séance, et publiée le 4 février 2026

SCHÉMA D'AMÉNAGEMENT ET DE GESTION DES EAUX DE LA VILAINE
Mme la présidente . La parole est à Mme Claudia Rouaux, pour exposer sa question, no 583, relative au schéma d'aménagement et de gestion des eaux de la Vilaine.

Mme Claudia Rouaux . Je souhaite appeler l'attention de Mme la ministre de la transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature sur l'importance de suspendre le moratoire qui empêche l'adoption du nouveau schéma d'aménagement et de gestion de l'eau (Sage) de la Vilaine.

Il y a urgence : 92 % des eaux de son bassin versant sont fortement dégradées, en raison de l'utilisation de produits phytosanitaires. Cette pollution constitue un véritable problème de santé publique.

Le moratoire est un double renoncement : il fragilise la reconquête de la qualité de l'eau et remet en question la gouvernance locale de l'eau.

Pour réviser le Sage, la commission locale de l'eau (CLE) a mobilisé l'ensemble des acteurs concernés, dans le respect des principes de concertation et de gouvernance prévus par le code de l'environnement : élus, représentants du monde économique – incluant bien entendu le monde agricole –, usagers du tissu associatif et services de l'État. Après quatre années de réflexion et de débat démocratique, le processus arrive à son terme. C'est l'aboutissement d'un travail collectif significatif et d'un compromis exigeant.

Certes, l'interdiction des herbicides sur des parcelles à risque d'érosion dans des aires d'alimentation de captage suscite des inquiétudes de la part des agriculteurs, mais cela ne justifie en rien d'empêcher une réunion de la CLE. Cette interdiction est une nécessité eu égard au diagnostic partagé, y compris par les chambres d'agriculture. Elle ne concerne que 1,5 % de la surface utile agricole du bassin.

Sortir de cette situation de blocage est un impératif. Il importe de mieux informer les agriculteurs concernés et de se remettre autour de la table pour négocier d'éventuels ajustements.

Ainsi, le report de deux ou trois années de la date d'application de la règle de non-utilisation de produits phytosanitaires sur certaines parcelles est peut-être une piste, mais encore faut-il pouvoir se réunir à nouveau pour l'envisager.

J'insiste : protéger et reconquérir la qualité des eaux à l'échelle d'un territoire qui compte 1,3 million d'habitants, à cheval sur la Bretagne et les Pays de la Loire, est une exigence collective. Il y va de la santé humaine.

Quels engagements l'État compte-t-il prendre pour garantir la reprise rapide du processus de révision du Sage de la Vilaine ? Pouvez-vous nous confirmer la contribution financière de l'État aux paiements pour services environnementaux (PSE), sachant qu'une somme de 26 millions d'euros a été inscrite dans le Sage ?

Mme la présidente . La parole est à Mme la ministre déléguée chargée de la mer et de la pêche.

Mme Catherine Chabaud, ministre déléguée chargée de la mer et de la pêche . Monique Barbut, que je vous prie une nouvelle fois de bien vouloir excuser, est attentive à votre question. La révision du schéma d'aménagement et de gestion des eaux de la Vilaine s'inscrit dans un contexte d'enjeux prégnants pour la gestion de l'eau dans le territoire. Il s'agit notamment de prévenir les pollutions affectant la production d'eau destinée à la consommation humaine.

Le gouvernement salue le travail fourni par la commission locale de l'eau et l'ensemble des parties prenantes pour faire émerger un règlement de Sage ambitieux, qui prévoit des mesures fortes d'accompagnement des usagers touchés.

La suspension des décisions liées aux politiques de l'eau, demandée par le premier ministre tant que le projet de loi d'urgence agricole n'aura pas été présenté en conseil des ministres, ne doit pas provoquer l'arrêt des travaux. Au contraire, elle doit permettre de poursuivre les échanges et d'affiner le plan d'action.

Une instruction est en cours de rédaction au sein des services de l'administration centrale. Elle viendra préciser la possibilité qu'auront les commissions locales de l'eau de poursuivre leurs débats. En outre, le gouvernement veillera à ce que le projet de Sage, tel qu'il a été mis à la disposition du public et des parties prenantes, puisse effectivement aboutir. L'objectif est de tenir compte des enjeux environnementaux et sanitaires du territoire du bassin de la Vilaine.

Mme la présidente . La parole est à Mme Claudia Rouaux.

Mme Claudia Rouaux . Conseillère régionale de Bretagne et membre du comité départemental de la Safer, la société d'aménagement foncier et d'établissement rural, je peux vous dire que les agriculteurs – en tout cas les agriculteurs bretons, ceux que je connais le mieux – font beaucoup d'efforts pour préserver l'environnement.

Je crois que les incompréhensions ont été importantes, puisque certains agriculteurs en bio ont pu se déclarer opposés au Sage, alors même qu'ils ne sont pas concernés ou qu'ils en retireront des PSE. Je crains que des considérations nationales gênent le bon fonctionnement de la CLE, alors que les scientifiques sont formels quant au problème que pose la qualité des eaux de la Vilaine.

Je me réjouis de constater que les travaux pourront reprendre – nous y serons en tout cas très attentifs. On a presque pu réconcilier les agriculteurs et les Bretons et je crains que si nous ne sortons pas de l'impasse, tout le travail mené depuis des années n'aboutisse à rien.

Données clés

Auteur : Mme Claudia Rouaux

Type de question : Question orale

Rubrique : Eau et assainissement

Ministère interrogé : Transition écologique, biodiversité et négociations internationales

Ministère répondant : Transition écologique, biodiversité et négociations internationales

Date : La question a été posée au Gouvernement en séance, parue au Journal officiel du 27 janvier 2026

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