Conséquence de la baisse de la consommation de fruits et légumes frais en France
Publication de la réponse au Journal Officiel du 31 mars 2026, page 2741
Question de :
Mme Sophie Blanc
Pyrénées-Orientales (1re circonscription) - Rassemblement National
Mme Sophie Blanc appelle l'attention de Mme la ministre déléguée auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargée du commerce, de l'artisanat, des petites et moyennes entreprises et de l'économie sociale et solidaire, sur la baisse structurelle de la consommation de fruits et légumes frais en France, et sur ses conséquences préoccupantes à la fois pour les commerçants indépendants du secteur et pour la santé publique. Selon les données du dernier Observatoire de la petite Entreprise (n° 95), publié en mars 2025 par la Fédération des centres de gestion agréés (FCGA) en partenariat avec Banque Populaire, l'activité des 12 000 primeurs français - dont 5 100 exercent sur les marchés - a reculé de 4,7 % au troisième trimestre 2024. Cette baisse, qui confirme une tendance baissière entamée depuis plusieurs années, s'inscrit dans un contexte de repli généralisé de la consommation de produits frais. Ce phénomène s'est accéléré ces dernières années malgré une stagnation, voire un recul des prix en 2024, ce qui montre que le problème ne se limite pas à un effet conjoncturel d'inflation, mais traduit un changement durable des habitudes alimentaires, défavorable au secteur des primeurs traditionnels. Ces derniers, qui représentent encore 28 % des parts de marché du commerce de détail alimentaire, derrière la grande distribution, doivent affronter une double difficulté : d'une part, la flambée des prix de gros subie ces dix dernières années (+ 70 % pour les légumes, + 50 % pour les fruits) ; d'autre part, l'impossibilité de répercuter ces hausses sur les prix au détail, du fait de la concurrence écrasante des grandes enseignes, qui usent d'une politique de prix très agressive. Outre les enjeux économiques et sociaux que cela représente pour le commerce de proximité, cette désaffection pour les fruits et légumes pose une question cruciale de santé publique. L'agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation (ANSES) rappelle que la consommation quotidienne d'au moins 5 portions de fruits et légumes est essentielle pour réduire le risque de maladies cardiovasculaires, de diabète de type 2 et de certains cancers. Pourtant, selon Santé publique France, moins de 40 % des Français atteignent aujourd'hui ce seuil recommandé. Les plus modestes sont les plus touchés, non par manque d'information, mais en raison de choix contraints, privilégiant des produits transformés et caloriques jugés plus abordables. Ce recul du frais au profit de l'ultra-transformé, s'il se poursuit, risque d'aggraver les inégalités nutritionnelles, de peser sur les finances publiques via le coût des maladies évitables, et de déstabiliser un secteur économique fondé sur la qualité, la traçabilité et le lien direct avec les producteurs. Dans ce contexte, Mme la Députée souhaite savoir quelles mesures le Gouvernement entend prendre pour soutenir les détaillants indépendants spécialisés dans le frais, notamment les primeurs. Le Gouvernement envisage-t-il de rééquilibrer les règles de concurrence entre grande distribution et commerce de proximité, afin de restaurer un minimum de souveraineté économique locale ? Elle lui demande également quelles actions sont envisagées pour garantir l'accessibilité réelle des fruits et légumes frais à tous les Français, notamment les ménages modestes, dans une logique de justice nutritionnelle et de santé préventive.
Réponse publiée le 31 mars 2026
Le Gouvernement est conscient des difficultés structurelles que rencontrent les primeurs, confrontés à la baisse durable de la consommation de fruits et légumes frais. Il reconnaît le rôle essentiel de ces professionnels dans la vitalité du commerce de proximité, l'animation des centres-villes et des marchés, et la promotion d'une alimentation saine et de qualité. Ces difficultés s'inscrivent dans un contexte plus large de transformation du commerce alimentaire, marqué à la fois par l'évolution des habitudes de consommation, par une pression concurrentielle renforcée et par des marges économiques souvent contraintes pour les détaillants indépendants. Afin de valoriser leur savoir-faire et de mieux les accompagner, un travail est engagé pour reconnaître le statut d'artisan aux primeurs réalisant des préparations à partir de fruits et/ou de légumes. Cette évolution leur permettrait de bénéficier des dispositifs d'appui spécifiques au secteur de l'artisanat et de renforcer leur visibilité auprès des consommateurs. Par ailleurs, les assises des métiers de bouche et de la restauration, ouvertes au mois de juin 2025, offrent un cadre de concertation avec l'ensemble des acteurs du secteur, y compris les primeurs, afin de répondre à leurs problématiques concrètes. Elles visent notamment à identifier les leviers permettant de renforcer leur compétitivité et de soutenir leur activité face aux mutations du marché. C'est d'ailleurs à l'issue de ces assises qu'il a été annoncé que les primeurs exerçant des activités de préparation et de transformation de fruits pourraient désormais se prévaloir de la qualité d'artisan. Il convient également de souligner que les enseignes de la grande distribution développent elles aussi des circuits de proximité, qu'il s'agisse de magasins de format réduit ou d'initiatives locales, qui contribuent à l'accessibilité des fruits et légumes frais pour un large public. L'objectif du Gouvernement n'est donc pas d'opposer les modèles, mais bien de favoriser leur complémentarité, dans une logique de justice nutritionnelle et de souveraineté économique locale. Le Gouvernement reste ainsi pleinement mobilisé pour soutenir les primeurs et, plus largement, les commerces de proximité, afin de préserver la diversité de notre tissu commercial et de promouvoir une alimentation saine, de qualité et accessible à tous.
Auteur : Mme Sophie Blanc
Type de question : Question écrite
Rubrique : Commerce et artisanat
Ministère interrogé : Commerce, artisanat, PME, économie sociale et solidaire
Ministère répondant : PME, commerce, artisanat, tourisme et pouvoir d’achat
Renouvellement : Question renouvelée le 24 mars 2026
Dates :
Question publiée le 6 mai 2025
Réponse publiée le 31 mars 2026