Rétablissement du dispositif jeune docteur dans le cadre du CIR
Question de :
Mme Corinne Vignon
Haute-Garonne (3e circonscription) - Ensemble pour la République
Mme Corinne Vignon attire l'attention de M. le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique sur les conséquences préoccupantes de la suppression du dispositif Jeune Docteur dans le cadre du crédit d'impôt recherche (CIR), dans le projet de loi de finances pour 2025. Ce dispositif, en vigueur depuis 17 ans, jouait un rôle décisif dans l'embauche de docteurs issus de la recherche française au sein des entreprises, en particulier des start-ups et PME innovantes. Il permettait, pendant 24 mois, de doubler l'assiette des dépenses de personnel éligibles au CIR pour l'embauche d'un jeune docteur, réduisant significativement le coût d'un recrutement à haute valeur ajoutée. Sa suppression brutale a déjà conduit à l'abandon de nombreux projets de recrutement et fragilise fortement les dynamiques d'innovation, en particulier dans les territoires. Dans plusieurs régions, comme l'Occitanie, de nombreuses entreprises font état d'un frein immédiat à la croissance de leurs équipes R et D. Par ailleurs, ce retrait compromet la rentabilité des investissements publics consentis pour la formation doctorale et accentue la fuite des cerveaux vers l'étranger. Aussi, elle souhaite savoir si le Gouvernement entend soutenir le rétablissement du dispositif Jeune Docteur dans le CIR, notamment en appuyant la proposition de loi n° 1141 déposée à l'Assemblée nationale par le député Paul Midy et plus largement, quelles mesures il envisage pour encourager l'insertion des docteurs dans le secteur privé.
Réponse publiée le 16 septembre 2025
En application de l'article 244 quater B du code général des impôts (CGI), les entreprises industrielles et commerciales ou agricoles imposées d'après leur bénéfice réel ou exonérées en application de certaines dispositions peuvent bénéficier d'un crédit d'impôt au titre des dépenses de recherche (CIR) qu'elles exposent au cours de l'année. Codifié au b du II et au 3° du c du II du même article, le « Dispositif Jeune Docteur » (DJD), dans sa version antérieure à sa suppression par l'article 55 de la loi n° 2025-127 du 14 février 2025 de finances pour 2025, permettait de doubler l'assiette des dépenses de personnel relatives aux jeunes docteurs les deux premières années suivant leur premier recrutement en contrat à durée indéterminée ainsi que l'application d'un taux forfaitaire de 200 % de leur montant réel pour le calcul du forfait de frais de fonctionnement (ce qui revenait à retenir le salaire d'un jeune docteur au quadruple de sa valeur dans l'assiette du CIR). Mis en place par l'article 8 de la loi n° 99-587 du 12 juillet 1999, ce dispositif avait pour objectif d'augmenter le taux d'accès des jeunes docteurs aux emplois de recherche de manière pérenne. Or, dans le cadre de sa dernière évaluation du CIR réalisée en 2019, la Commission nationale d'évaluation des politiques d'innovation (CNEPI) constate la faible efficacité du dispositif, qui n'a pour effet ni d'augmenter de manière significative le taux d'accès à l'emploi de ces jeunes diplômés, ni d'améliorer leurs conditions salariales. Ensuite, dans son rapport « Redistribution, innovation, lutte contre le changement climatique : trois enjeux fiscaux majeurs en sortie de crise sanitaire », publié en février 2022, le Conseil des prélèvements obligatoires (CPO) met en exergue que le doublement d'assiette, qui aboutit à ce que le montant du crédit d'impôt excède la rémunération du docteur, n'incite pas à l'embauche des jeunes docteurs. Au regard de ces constats et dans un objectif de meilleure efficience du CIR, l'Inspection générale des finances (IGF) dans sa « Revue de dépenses : les aides aux entreprises » de mars 2024 a préconisé la suppression de ce dispositif. Dès lors, le Gouvernement n'entend pas revenir sur cette réforme du DJD opérée par la loi de finances pour 2025 qui dans un contexte budgétaire contraint, répond à un double besoin de recentrage et de stabilisation du CIR, qui constitue un dispositif essentiel de soutien à la compétitivité des entreprises françaises et à leur effort de recherche et développement. Par ailleurs, les dépenses de personnel afférentes aux jeunes docteurs demeurent éligibles au CIR dans les conditions de droit commun du dispositif.
Auteur : Mme Corinne Vignon
Type de question : Question écrite
Rubrique : Recherche et innovation
Ministère interrogé : Économie, finances, souveraineté industrielle et numérique
Ministère répondant : Économie, finances, souveraineté industrielle et numérique
Dates :
Question publiée le 13 mai 2025
Réponse publiée le 16 septembre 2025