Question orale n° 685 :
Désertification médicale à Wissembourg

17e Législature

Question de : M. Théo Bernhardt
Bas-Rhin (8e circonscription) - Rassemblement National

M. Théo Bernhardt appelle l'attention de Mme la ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées sur la désertification médicale dans le territoire de Wissembourg. De nombreux médecins généralistes et spécialistes prévoient de partir à la retraite au cours des prochaines années, ce qui risque d'amplifier fortement les difficultés d'accès aux soins dans ce territoire frontalier déjà fragilisé. Parallèlement, le Centre hospitalier intercommunal fait l'objet d'une restructuration imposée par des difficultés financières persistantes, entraînant un risque sérieux de fermeture ou de réduction d'activité de services essentiels, ce qui accentuerait mécaniquement la désertification médicale et compromettrait la continuité des prises en charge de proximité. Ces évolutions suscitent de vives inquiétudes parmi la population, alors que le maintien d'une offre de soins accessible et de qualité constitue un impératif d'égalité territoriale et de santé publique. Si les politiques nationales de lutte contre les déserts médicaux et de soutien aux établissements en difficulté sont indispensables, leur mise en œuvre doit être adaptée aux réalités locales pour éviter une dégradation irréversible de l'accès aux soins dans le Nord-Alsace. Il souhaite en conséquence connaître les mesures précises que le Gouvernement envisage de déployer pour renforcer l'attractivité et l'installation de professionnels de santé à Wissembourg et dans ses environs, pour accompagner efficacement la restructuration de l'hôpital sans compromettre les services stratégiques ni réduire l'offre de soins et enfin pour prévenir l'aggravation de la désertification médicale en Alsace du Nord.

Réponse en séance, et publiée le 8 avril 2026

OFFRE DE SOINS À WISSEMBOURG
Mme la présidente . La parole est à M. Théo Bernhardt, pour exposer sa question, no 685, relative à l'offre de soins à Wissembourg.

M. Théo Bernhardt . Dans ma circonscription du Nord Alsace, à Wissembourg, l’accès aux soins est en train de s’effondrer. La ville ne compte plus que huit médecins généralistes. Près de 40 % d’entre eux partiront à la retraite dans les deux à trois années à venir, or aucun jeune généraliste ne s’est installé pour assurer la relève.

Pourtant, Wissembourg est classée en zone d’intervention prioritaire par l’ARS Grand Est. Nous ne sommes donc pas dans l’anticipation d’un risque, mais face au constat d’une dégradation déjà engagée, qui va mécaniquement s’aggraver.

Cette dégradation de la médecine de ville intervient au pire moment, car l’hôpital lui-même est en péril. Le centre hospitalier intercommunal de Wissembourg, seul hôpital public du territoire, assure les urgences, la chirurgie, la maternité et la gestion de six Ehpad. Il traverse des difficultés financières structurelles identifiées de longue date. L’activité hospitalière, en particulier la maternité, est structurellement déficitaire et ce sont les excédents des Ehpad qui compensent ses pertes.

La maternité, confrontée à une baisse constante du nombre de naissances et à un manque de personnel soignant, est directement menacée de fermeture. Une décision pourrait intervenir au cours de l’année 2026. Plus inquiétant encore, la fermeture du service d’accueil des urgences est également envisagée par l’ARS Grand Est.

Si ces deux services venaient à disparaître, que resterait-il de cet hôpital de proximité dont dépendent les habitants d’un territoire rural et frontalier, éloigné des grandes structures hospitalières comme Strasbourg ?

Le lien est évident : lorsque la médecine de ville se retire et que l’hôpital réduit ses activités, c’est tout le maillage sanitaire qui s’effondre. Cet effondrement nourrit un cercle vicieux car aucun jeune professionnel de santé n’a envie de s’installer dans un territoire où l’hôpital ferme ses services les uns après les autres.

Je souhaite également attirer votre attention sur un phénomène que j’observe directement sur le terrain. Faute d’une politique nationale suffisamment structurante, ce sont désormais les communes elles-mêmes qui tentent d’attirer les jeunes médecins par des offres individualisées : construction de pôles de santé, gratuité des loyers pendant un, deux, voire trois ans, et autres avantages divers. Il en résulte une véritable mise en concurrence des collectivités entre elles, où le médecin s’installe chez le plus offrant.

Ce système est profondément inéquitable : il pénalise les communes les plus modestes, qui n’ont pas les moyens de rivaliser, et il ne règle en rien le problème de fond – le nombre insuffisant de médecins formés et disposés à exercer en milieu rural.

Comment l’État compte-t-il accompagner la restructuration du centre hospitalier de Wissembourg sans sacrifier les services essentiels de proximité ? Mais, surtout, quelles mesures concrètes le gouvernement entend-il déployer pour renforcer durablement l’attractivité médicale du territoire de Wissembourg, et plus largement celle du nord de l'Alsace, au-delà des dispositifs incitatifs existants, qui, de toute évidence, ne suffisent pas ?

L’égalité d’accès aux soins est un principe républicain fondamental. Les habitants du Nord Alsace ne demandent pas un privilège, mais simplement de pouvoir consulter un médecin et accéder à un hôpital à une distance raisonnable de chez eux.

Mme la présidente . La parole est à Mme la ministre déléguée chargée de l’autonomie et des personnes handicapées.

Mme Camille Galliard-Minier, ministre déléguée chargée de l’autonomie et des personnes handicapées . Monsieur Bernhardt, permettez-moi d'excuser l'absence de la ministre de la santé, qui m'a chargée de vous transmettre les éléments de réponse suivants.

S'agissant de la désertification médicale de Wissembourg, l'État et l'ARS ne ménagent aucun effort. Tous les leviers sont mobilisés pour que Wissembourg reste un territoire de soins à la fois dynamique et attractif.

Pour attirer de nouveaux praticiens, le ministère active tous les leviers, à commencer par le plan national France Santé. Wissembourg est identifié comme un secteur prioritaire pour l'émergence d'une future maison de santé pluriprofessionnelle labellisée France Santé. Notre mission est d'y adosser une communauté professionnelle territoriale de santé (CPTS) pour structurer durablement l'offre locale et associer l'ensemble des professionnels de santé. Si plusieurs réunions partenariales, qui réunissaient à la fois l'ARS, la caisse primaire d’assurance maladie (CPAM) et la collectivité européenne d'Alsace, ont déjà eu lieu, l'engagement des praticiens locaux doit encore se concrétiser. En complément, on réfléchit à un contrat local de santé (CLS) et je sais que des échanges vont avoir lieu avec le nouveau maire de Wissembourg pour établir ce partenariat.

Sur le terrain, nous agissons aussi par la formation : le territoire pourrait accueillir dès novembre prochain un ou plusieurs docteurs juniors.

En ce qui concerne le centre hospitalier de Wissembourg, vous le savez pour siéger au sein du comité de pilotage, l'ARS est pleinement mobilisée pour apporter à l'établissement un soutien concret et durable, à la fois en ingénierie de projet et en accompagnement des équipes, tout en engageant les financements nécessaires. Cette démarche s'inscrit dans une logique de sécurisation des prises en charge, de maintien d'une offre de proximité et de garantie d'une continuité de soins pour la population.

Soyez assuré, monsieur le député, que nous agissons aux côtés des acteurs locaux pour préserver durablement l'accès aux soins dans le Nord Alsace.

Mme la présidente . La parole est à M. Théo Bernhardt.

M. Théo Bernhardt . Madame la ministre, merci pour votre réponse. Je fais en effet partie du comité de pilotage pour la restructuration du Centre hospitalier intercommunal de la Lauter (Chil). L'hôpital risque de perdre sa maternité et peut-être également ses urgences ; que va-t-il alors en rester ? Certes, je tiens à le souligner, le comité de pilotage fait un très bon travail avec tous les élus de l'Alsace du Nord pour le préserver, mais à l'heure actuelle, nous n'avons toujours pas de réponse sur la possible fermeture des urgences et de la maternité.

Données clés

Auteur : M. Théo Bernhardt

Type de question : Question orale

Rubrique : Santé

Ministère interrogé : Santé, familles, autonomie et personnes handicapées

Ministère répondant : Santé, familles, autonomie et personnes handicapées

Date : La question a été posée au Gouvernement en séance, parue au Journal officiel du 31 mars 2026

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