Transport ferroviaires-libéralisation du marché ferroviaire
Question de :
M. Matthieu Marchio
Nord (16e circonscription) - Rassemblement National
M. Matthieu Marchio alerte M. le ministre auprès du ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation, chargé des transports, sur les effets délétères de la libéralisation du marché ferroviaire à grande vitesse, qui menace gravement l'équilibre territorial, le modèle français du TGV et l'accès de tous aux mobilités. Depuis 2020, les opérateurs privés investissent les lignes les plus rentables du réseau à grande vitesse français, sans obligation de desservir les territoires moins denses ni de participer à l'effort national d'aménagement du territoire. Dans le même temps, la SNCF, seule opératrice sur les segments non rentables, continue d'assumer des missions de service public sans en recevoir ni les moyens ni la reconnaissance. Dans cette mécanique dangereuse, ce sont des territoires entiers qui risquent de se retrouver à l'écart. Le cas du Douaisis en est l'illustration criante. Déjà pénalisée par une offre TGV déclinante, la gare de Douai pourrait demain être totalement marginalisée, voire sacrifiée, au profit d'une concentration des dessertes sur les seules grandes métropoles. Or Douai et l'ensemble du Douaisis au cœur du bassin minier, a plus que jamais besoin de liaisons rapides avec Paris, Lille ou Lyon pour soutenir son attractivité, son tissu économique et l'accès à l'emploi de ses habitants. Le modèle de la grande vitesse à la française reposait sur une forme de solidarité entre les lignes rentables et celles qui le sont moins. Si la SNCF perd ces lignes à forte rentabilité, c'est l'ensemble de cet édifice qui s'effondre : les dessertes d'équilibre disparaissent, le maillage national se fracture et l'entretien du réseau, déjà sous-doté de 1,5 milliard d'euros par an, devient encore plus difficile à financer. Le Gouvernement ne peut ignorer cette distorsion de concurrence flagrante, où des opérateurs exonérés de péage pendant plusieurs années peuvent tirer profit des infrastructures publiques sans contribuer à l'intérêt général. À terme, ce sont non seulement les dessertes, mais aussi le renouvellement du matériel roulant, qui sont compromis. Dans les villes comme Douai, cela pourrait signer la fin du TGV à moyen terme. Il lui demande donc quelles mesures le Gouvernement entend prendre pour garantir l'égalité d'accès aux transports ferroviaires sur l'ensemble du territoire. Il l'interroge sur la possibilité d'imposer aux opérateurs privés des obligations de desserte équilibrée ou des mécanismes de péréquation. Il lui demande enfin si l'État compte compenser, de manière claire et pérenne, les missions d'aménagement du territoire actuellement assurées par la SNCF, notamment dans des zones aujourd'hui oubliées de l'aménagement national comme le Douaisis.
Réponse publiée le 9 septembre 2025
Le Gouvernement est attentif aux attentes légitimes des territoires attachés à une desserte grande vitesse de qualité. En tant qu'opérateur de services librement organisés, SNCF Voyageurs est toutefois contraint d'adapter son offre de transport afin de concilier qualité de service, besoins d'investissements et équilibre économique de son activité à grande vitesse. Ainsi, dans un marché désormais ouvert à la concurrence comme dans le reste de l'Europe, l'enjeu d'aménagement du territoire ne pourra plus être assuré uniquement par le système de péréquation financière mis en œuvre jusqu'à présent par la SNCF. En effet, les nouveaux entrants privilégient, a minima à court terme, un positionnement sur les liaisons radiales, de et vers Paris, et sur la desserte des gares principales, avec une perspective de concurrence sur les prix qui aura un impact sur les recettes de SNCF Voyageurs. Cependant, l'impact de l'ouverture à la concurrence à moyen/long terme doit être pris en compte dans toutes ses composantes. Les exemples italien et espagnol montrent que cette ouverture peut permettre d'augmenter les dessertes de gares secondaires. En France, Trenitalia a annoncé que le Paris-Milan desservirait Chambéry, Saint-Jean de Maurienne et Modane ; Kevin Speed met en avant le fait que ses lignes desserviront les arrêts intermédiaires (Le Creusot et Mâcon pour Paris-Lyon par exemple) ; Le Train a l'ambition de ne faire circuler des trains que sur des liaisons transversales. En outre, la subvention de certaines dessertes TGV a déjà été mise en place par les régions Hauts-de-France et Bretagne. Toutefois, l'extension éventuelle à d'autres régions d'un tel dispositif sous le régime d'obligations de service public, est à mesurer avec précaution dans le contexte budgétaire actuel. Le ministère des transports, en lien avec les acteurs ferroviaires et les autres parties prenantes, analyse les perspectives d'aménagement du territoire de l'offre ferroviaire. La conférence Ambition France Transports intègre cette dimension dans ses réflexions et conclusions, notamment sur les solutions à apporter à la baisse des dessertes des services librement organisés.
Auteur : M. Matthieu Marchio
Type de question : Question écrite
Rubrique : Transports ferroviaires
Ministère interrogé : Transports
Ministère répondant : Transports
Dates :
Question publiée le 17 juin 2025
Réponse publiée le 9 septembre 2025