Diffusion des langues régionales aux heures de grande écoute
Question de :
Mme Mélanie Thomin
Finistère (6e circonscription) - Socialistes et apparentés
Mme Mélanie Thomin alerte Mme la ministre de la culture sur projet de la direction d'Ici Breizh Izel qui prévoit de supprimer les journaux d'informations en langue bretonne diffusés aux heures de grande écoute, notamment à 7h30 et 8h30. Une telle décision aurait des conséquences significatives : seul un reportage de deux minutes en langue bretonne serait maintenu, diffusé à 6h30, contre deux diffusions aujourd'hui à 7h30 puis à 8h30. Cela entraînerait une réduction substantielle du temps d'antenne quotidien en langue bretonne, passant de 16 à 4 minutes. Cette orientation est d'autant plus discutable que la radio représente, selon l'enquête sociolinguistique 2024 sur les langues de Bretagne, le principal vecteur d'écoute de la langue bretonne, devant la télévision et la presse écrite. Ainsi, elle aurait pour conséquence d'affaiblir un pilier central de la visibilité de la langue bretonne dans l'espace public et médiatique. La volonté exprimée par la direction d'Ici Breizh Izel d'adapter les formats de diffusion aux usages et préférences culturelles des jeunes générations, notamment par le développement de contenus numériques, constitue une orientation pertinente. Néanmoins, cette modernisation ne doit pas se faire au détriment de la radio, qui demeure un canal essentiel d'accès à l'information pour une large part de la population. Journalistes et citoyens s'opposent à ce projet. La pétition lancée par les salariés d'Ici Breizh Izel a d'ailleurs recueilli près de 7 000 signatures, témoignant d'un attachement profond des citoyens à cette offre radiophonique. De nombreux élus l'ont signé, dont le Président du Conseil régional de Bretagne, M. Loïg Chesnais-Girard. Dans ce contexte de mobilisation, un dialogue est engagé entre la direction et les salariés, en vue d'une possible révision du projet de concertation avec les équipes, incluant la perspective d'un plan multimédia et d'éventuels ajustements sur le temps d'antenne. Dans un courrier rédigé par Mme la députée et co-signé par 12 députés du groupe Socialistes et apparentés, elle a déjà appelé la directrice de Radio France, Mme Sybile Veil, à engager une révision de ce projet en concertation avec l'équipe éditoriale d'Ici Breizh Izel, afin de garantir la pérennité de la langue bretonne à l'antenne. À cette fin, elle interroge Mme la ministre sur les mesures que le ministère prévoit de mettre en place afin de préserver la langue bretonne et plus globalement les langues régionales, au sein de l'audiovisuel public. Reflets de la diversité et du patrimoine, les langues sont essentielles à la vitalité des territoires. Ce rôle s'incarne notamment à travers les médias du service public, qui contribuent à diffuser la pluralité linguistique et culturelle des régions.
Réponse publiée le 7 avril 2026
Le ministère de la culture s'engage activement pour la protection et la promotion des langues régionales, notamment à travers la délégation générale à la langue française et aux langues de France. Celle-ci uvre pour renforcer la cohésion sociale et lutter contre les inégalités, en valorisant deux biens communs essentiels : la langue française et les langues de France. Cette priorité d'action s'inscrit dans la dynamique portée par l'adoption de la loi n° 2021-641 du 21 mai 2021 relative à la protection patrimoniale des langues régionales et à leur promotion qui est venue confirmer l'importance qui leur est accordée par la représentation nationale, treize ans après leur inscription dans la Constitution en 2008 (art. 75-1, « Les langues régionales appartiennent au patrimoine de la France »). S'agissant du secteur audiovisuel public, une mission de proximité lui est dévolue, particulièrement par les réseaux France 3 et Ici qui participent à la vie des territoires en valorisant la richesse du patrimoine régional et l'expression des principales langues régionales parlées. La présence des langues régionales au sein des offres de France Télévisions est garantie par l'article 40 de son cahier des charges. Elle est également garantie au sein des offres de Radio France à travers l'article 6 de son cahier des charges qui précise que la société doit veiller à l'expression des langues régionales sur ses stations locales. L'Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (ARCOM) est chargée de contrôler l'application de ces dispositions. L'attention portée à la place des langues régionales par les médias publics est au c ur des préoccupations du ministère de la culture. À ce titre, lors de sa réunion du 5 mai 2025, sous la présidence du ministère de la culture, le Conseil national des langues et cultures régionales a formulé une résolution visant à constituer un groupe de travail, associant le ministère de la culture, France Télévisions, Radio France, et l'ARCOM, afin de faire progresser la part des programmes en langues régionales sur les antennes publiques. En ce qui concerne en particulier la radio ICI Breizh Izel et la place accordée à la langue bretonne, et concernant les évolutions éditoriales envisagées pour la saison radiophonique 2025-2026, Radio France indique que les programmes en breton, produits par des journalistes et animateurs bilingues, resteront bien présents à l'antenne, à raison de 14 heures 30 minutes hebdomadaires. En outre, Radio France indique qu'une intervention en breton de 90 secondes sera programmée à 8h30, à la place du flash national, afin de lui offrir une meilleure visibilité. Enfin, le groupe radiophonique indique souhaiter renforcer la présence de la langue bretonne sur les supports numériques, avec le développement de formats innovants (vidéos, podcasts, newsletters, réseaux sociaux), dans l'objectif d'amplifier la visibilité de la langue et de la rendre accessible à tous les publics. Ce renforcement sur le numérique vise notamment à tenir compte des résultats de l'enquête sociolinguistique de la région Bretagne, publiée le 20 janvier 2025, qui met en évidence le rajeunissement des locuteurs du breton. Il s'agit ainsi de répondre plus efficacement aux attentes et aux usages des jeunes générations locutrices. Au-delà de l'enjeu audiovisuel, le ministère de la culture est déterminé à valoriser la diversité linguistique de la France, par sa transmission et sa promotion, au titre de la richesse exceptionnelle du patrimoine dans l'hexagone comme dans les outre-mer.
Auteur : Mme Mélanie Thomin
Type de question : Question écrite
Rubrique : Patrimoine culturel
Ministère interrogé : Culture
Ministère répondant : Culture
Dates :
Question publiée le 24 juin 2025
Réponse publiée le 7 avril 2026