Suicides à la DGFiP : conditions de travail et responsabilité de l'État
Publication de la réponse au Journal Officiel du 10 février 2026, page 1215
Question de :
Mme Sophia Chikirou
Paris (6e circonscription) - La France insoumise - Nouveau Front Populaire
Mme Sophia Chikirou attire l'attention de M. le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique sur la multiplication préoccupante des suicides au sein de la direction générale des finances publiques (DGFiP). Selon plusieurs sources syndicales et journalistiques concordantes, au moins 14 agents de la DGFiP se seraient donné la mort entre le 1er janvier et le 5 juillet 2025, contre 9 suicides recensés pour l'ensemble de l'année 2024. Cette alerte a été rendue publique par le syndicat Solidaires Finances Publiques dans un communiqué publié le 3 juillet 2025, qui faisait état de 12 suicides et 9 tentatives sur cette période. Le 8 juillet 2025, plusieurs médias nationaux (BFMTV, RTL, Le Monde) ont confirmé ces chiffres et évoqué, pour certains, 13 ou 14 suicides, dont au moins deux survenus directement sur le lieu de travail. Ces évènements tragiques ont suscité une vive inquiétude au sein des services. Ces drames s'inscrivent dans un contexte de désorganisation prolongée, marqué par des restructurations continues, une réduction drastique des effectifs – près de 32 000 suppressions de postes entre 2008 et 2024 –, une charge de travail croissante et une perte de sens ressentie par de nombreux agents. Le 4 juillet 2025, dans une lettre ouverte, Solidaires Finances Publiques a dénoncé un « mal-être institutionnalisé », l'absence de reconnaissance du lien entre travail et souffrance psychologique, ainsi que l'inaction de la direction générale face à une situation qualifiée de « catastrophe humaine ». Malgré l'ouverture annoncée d'enquêtes internes, le ministre a, le même jour, mis en doute publiquement l'existence d'un lien direct entre les suicides et les conditions de travail, ce qui a renforcé la colère syndicale. Dans ce cadre, elle lui demande de bien vouloir confirmer les chiffres précis de suicides et de tentatives recensés à la DGFiP depuis janvier 2025 et d'indiquer quelles mesures concrètes et immédiates ont été mises en œuvre pour prévenir de nouveaux drames et répondre à cette crise psychosociale. Elle souhaite également savoir si une enquête indépendante sera diligentée sur les causes profondes de ces suicides et si le Gouvernement entend ouvrir une véritable négociation avec les représentants syndicaux en vue de l'élaboration d'un plan d'urgence social, comprenant une révision des objectifs assignés, une amélioration des conditions de travail et une reconstitution des effectifs dans les services les plus fragilisés.
Réponse publiée le 10 février 2026
Les situations de suicide ou de tentatives de suicide au sein des services de la DGFIP constituent des événements particulièrement graves, qui ne concernent jamais une seule personne : ils affectent profondément l ensemble du collectif de travail, collègues, encadrants et équipes, qui peuvent être directement ou indirectement touchés. Il est donc essentiel de reconnaître l impact collectif de ces situations et de veiller à un accompagnement attentif et bienveillant de chacun. La DGFIP est attentive à chacun de ces évènements dramatiques et répond systématiquement aux situations de détresse des agents, par des mesures d accompagnement et de prise en charge des suicides et tentatives de suicides, tant pour l agent que pour le collectif. Au cours de l année 2025, la DGFIP a enregistré 21 tentatives de suicide et 19 suicides. Deux tentatives de suicide et 1 suicide ont été perpétrés dans les locaux de l administration. Chacun de ces évènements graves a fait l objet d une prise en charge spécifique des agents concernés mais également de leur entourage professionnel. Il est complexe de rattacher l acte suicidaire à une cause unique déterminée. En effet, c est un phénomène qui résulte de l interaction de nombreux facteurs : biologiques, psychologiques, sociaux et environnementaux. Partant de ce constat, dès le début de l année 2025, la DGFIP s est mobilisée pour accentuer son action, et renforcer le repérage des personnes fragiles et les actions de prévention. En janvier 2025, la DGFIP a adressé à l ensemble des directions territoriales une fiche réflexe détaillant la procédure à mener en cas de survenance d un évènement grave. Début avril, la Directrice générale a fait part aux représentants des personnels siégeant en formation spécialisée (FS) du comité social d administration de réseau (CSAR) des données chiffrées relatives aux évènements graves et indiqué sa volonté de mettre en uvre l exercice systématique du droit d enquête, dès lors que l évènement intervient sur le lieu de travail ou en lien avec le travail. A la DGFIP, les représentants du personnel sont immédiatement et systématiquement informés de la survenance de chaque évènement grave. Au niveau national, les secrétaires généraux de chaque organisation syndicale ainsi que la secrétaire adjointe de la formation spécialisée en santé, sécurité et condition de travail, sont systématiquement informés par le service des ressources humaines, en temps réel. La DGFIP a mis en place avec les représentants du personnel un groupe de travail dédié dont la première réunion s est tenue le mercredi 9 juillet, associant les représentants du personnel, un médecin spécialisé, les acteurs médico-sociaux des ministères économiques et financiers, pour analyser la situation et permettre une première concertation sur la prévention des actes suicidaires. La Directrice générale a en outre pris la décision d élargir les cas de proposition d enquête de la Formation spécialisée à tous les cas, quel que soit le lieu de survenance de l évènement, en demandant à l ensemble des responsables territoriaux, par ailleurs présidents de FS, de proposer systématiquement la réalisation d une enquête. Une nouvelle réunion du groupe de travail de la FS s est tenue le 5 septembre 2025. Elle a permis de présenter les données chiffrées relatives à l acte suicidaire au sein de la population des agents de la DGFIP depuis 2012 ainsi qu un bilan des enquêtes menées sur les évènements intervenus en 2025. Ce groupe de travail dédié à l amélioration des conditions de travail et la prévention du risque suicidaire, a permis d échanger sur un projet de plan d actions pluriannuel visant à améliorer les conditions de travail et prévenir les risques suicidaires au sein de la DGFiP. À l issue de cette concertation, le 8 décembre 2025, le plan d actions 2025-2027 visant à améliorer les conditions de travail et à prévenir les risques suicidaires a été communiqué à l ensemble des agents. Articulé autour des trois niveaux reconnus de prévention des risques professionnels, Prévenir, Agir, Accompagner, ce plan comprend 22 mesures et 39 actions. Sa mise en uvre est en cours et fait l objet d un suivi régulier.
Auteur : Mme Sophia Chikirou
Type de question : Question écrite
Rubrique : Fonction publique de l'état
Ministère interrogé : Économie, finances, souveraineté industrielle et numérique
Ministère répondant : Action et comptes publics
Signalement : Question signalée au Gouvernement le 20 octobre 2025
Dates :
Question publiée le 12 août 2025
Réponse publiée le 10 février 2026