Valorisation de certaines pratiques agricoles contre les incendies
Question de :
M. Éric Michoux
Saône-et-Loire (4e circonscription) - UDR
M. Éric Michoux alerte Mme la ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire sur la reconnaissance et la valorisation de certaines pratiques agricoles ou cultures comme moyen naturel pour freiner les incendies. Les incendies historiques dans l'Aude de l'été 2025 ont ravagé plus de 17 000 hectares, causant des dégâts humains et matériels lourds. Pourtant, certaines pratiques agricoles ou cultures en amont existent pour freiner la propagation des flammes. C'est notamment le cas de l'éco-pâturage, qui a permis de ralentir la propagation du feu au niveau de Roquefort-des-Corbières. Ce dispositif a pu voir le jour grâce à la mobilisation du maire, des élus, des agriculteurs et avec le soutien des pompiers, alors même que l'ONF et la préfecture s'y étaient opposés dans un premier temps. Par ailleurs, dans le même département, plus de 5 000 hectares de vignes ont été arrachés dans le cadre des aides de l'Union européenne destinées au soutien des exploitations affectées par les conséquences de la guerre en Ukraine. Alors que les vignes contribuaient aussi au ralentissement des incendies, leur destruction a laissé place à des friches qui pourraient être entretenues elles aussi par des éco-pâturages. L'ensemble de ces pratiques illustrent une fois de plus le bon sens paysan mais sont souvent contraintes ou empêchées par l'administration. Aussi, il lui demande de préciser ce que le Gouvernement entend mettre en place pour valoriser le travail des agriculteurs et pour lever les contraintes administratives qui empêchent le déploiement de certaines mesures de bon sens.
Réponse publiée le 3 février 2026
En forêt privée (c'est-à-dire sur 75 % de la forêt française), le pâturage peut être autorisé par les propriétaires qui peuvent concéder librement le pâturage de leur bois. Ils doivent veiller cependant à ne pas compromettre la régénération de leur forêt, un pâturage trop intensif pouvant s'opposer à la bonne pousse de jeunes plants. En forêt publique, le pâturage est régi par le code forestier. Celui-ci indique que le pâturage des bovins, ovins, équidés et porcins peut être concédé en forêt relevant du régime forestier. Il ne prévoit pas directement la possibilité de concession de pâturage pour les caprins. Toutefois, les préfets des départements particulièrement exposés au risque d'incendie, dont l'Aude fait partie, ont la possibilité d'autoriser les concessions pour pâturage de caprins en forêts communales et domaniales. Les chèvres représentent à la fois un atout en matière de défense des forêts contre les incendies et un inconvénient en matière de pérennité de la forêt. Lorsque les forêts sont parcourues par des chèvres, il y a moins de broussailles, donc un peu moins de combustible potentiel. Cette pression sur la végétation doit cependant rester mesurée, car sinon les chèvres mangent aussi les semis d'arbres, écorcent les grands arbres et compromettent alors la régénération forestière. On s'approche alors du défrichement indirect et l'ensemble des rôles écosystémiques de la forêt ne sont plus joués. En matière de prévention contre les incendies, le débroussaillement que peuvent réaliser les chèvres est surtout utile à proximité de certains sites (habitations, zones de coupures de combustibles, bords de pistes), mais n'est pas opportun au cœur des zones boisées. Contrairement à ce qui est véhiculé à tort sur les réseaux sociaux, de nombreuses autorisations de pâturage d'animaux en forêt publique existent et de nombreux éleveurs ont effectué des démarches pour demander et obtenir une autorisation préfectorale lorsque ce pâturage était réalisé avec des chèvres. C'est notamment le cas sur la commune de Roquefort-des-Corbières où une éleveuse dispose d'une concession pour pâturer sur 200 hectares de la forêt communale. Par ailleurs, ce territoire a déjà connu des troupeaux de centaines de chèvres divagant entre forêts et vignes ces dernières années, avec des chèvres redevenues quasi-sauvages représentant un danger sur les routes, limitant la régénération forestière et portant atteinte aux vignes. Ces épisodes viennent souligner le besoin de cadrage réglementaire sur la présence de chèvres en forêt afin de fixer notamment des règles de gardiennage et la charge à l'hectare. Les demandes de concession et les dérogations pour les caprins sont étudiées par une commission départementale de pâturage où siègent, outre les services préfectoraux et l'office national des forêts, la chambre d'agriculture et les communes forestières.
Auteur : M. Éric Michoux
Type de question : Question écrite
Rubrique : Agriculture
Ministère interrogé : Agriculture, souveraineté alimentaire
Ministère répondant : Agriculture, agro-alimentaire et souveraineté alimentaire
Dates :
Question publiée le 2 septembre 2025
Réponse publiée le 3 février 2026