Coopération européenne avec les garde-côtes libyens
Question de :
M. Hervé Saulignac
Ardèche (1re circonscription) - Socialistes et apparentés
M. Hervé Saulignac interroge M. le ministre de l'Europe et des affaires étrangères sur la coopération de l'Union européenne avec les garde-côtes libyens dans la gestion de l'immigration. Le 24 août 2025, le navire de sauvetage affrété par l'ONG SOS Méditerranée, appelé Ocean Viking, a été la cible de tirs des garde-côtes libyens alors qu'il menait une opération de sauvetage en mer dans les eaux internationales. Cet incident grave vient s'ajouter à la longue liste de violations du droit international maritime et des droits humains perpétrées par les garde-côtes libyens ces dernières années. En 2019 déjà, la commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe dénonçait la traite et le trafic d'êtres humains dont ils étaient les auteurs et appelait l'Union européenne à suspendre sa coopération avec ces derniers. En effet, selon la présidence du Conseil de l'Europe, l'UE a consacré plus de 700 millions d'euros d'aides financières à la Libye entre 2015 et 2022. Dans le cadre de la la mission EUBAM Libye, elle assure une activité de conseil stratégique sur la gestion des frontières, couplée à la fourniture et à la maintenance d'équipements et de matériels. L'UE contribue également à la formation des garde-côtes libyens. Or ces incidents graves et répétés interrogent la responsabilité de l'Union européenne et remettent en cause le bien-fondé de la coopération européenne avec les garde-côtes libyens. En conséquence, il l'interroge sur l'avenir de cette coopération et sur la possibilité d'une suspension de celle-ci, au regard des atteintes graves au droit international et aux droits humains qui viennent d'être rappelés.
Réponse publiée le 14 avril 2026
La France s'est pleinement mobilisée à la suite des incidents survenus le 24 août. Les tirs qui ont visé le navire Ocean Viking sont graves et manifestement contraires aux principes du droit international. C'est pourquoi elle a, en coordination avec ses partenaires européens et le Service européen pour l'action extérieure (SEAE), exprimé sa profonde inquiétude auprès des autorités libyennes et a demandé que toute la lumière soit faite sur ces évènements. A la suite de ces démarches, les autorités libyennes ont lancé une enquête sur cet incident inadmissible. La France condamne avec la plus grande fermeté tout acte de violence visant des navires engagés dans des opérations de recherche et de sauvetage en mer (SAR). Toute action susceptible de mettre en danger des vies humaines en mer constitue à ce titre une violation des principes fondamentaux du droit international, en particulier du droit de la mer et du cadre conventionnel relatif à la sécurité maritime auxquels la France est pleinement attachée. Nous suivons étroitement ce sujet et rappelons ces principes à l'ensemble de nos interlocuteurs libyens. L'Union européenne soutient la souveraineté de la Libye, notamment dans la gestion de ses frontières et l'amélioration de ses capacités de recherche et de sauvetage et de lutte contre le trafic de migrants. Depuis 2013, la mission European Union Border Assistance Management (EUBAM) Libye déploie, conformément à son mandat, des actions de conseil stratégique et d'appui à la formation en matière de gestion des frontières. Son action est conditionnée à des critères stricts en matière de respect du droit international, des droits fondamentaux et des obligations humanitaires. Les incidents survenus confirment la nécessité de renforcer ces exigences vis-à-vis des autorités libyennes. La France continuera de défendre, au sein de l'Union européenne, une approche rigoureuse plaçant la protection des vies humaines, la lutte contre les réseaux de passeurs et le respect des droits fondamentaux au cœur de toute décision relative à la coopération avec les autorités libyennes. Elle continuera de veiller en particulier à ce qu'aucune action financée ou soutenue par l'Union européenne ne puisse contribuer, directement ou indirectement, à des violations des droits humains. La France réaffirme son engagement constant pour soutenir l'unité, la stabilité et la souveraineté de la Libye. Seule une solution politique permettra de mettre durablement fin à la division du pays et de réunifier les institutions libyennes, notamment les forces sécuritaires et militaires. Il s'agit de la seule voie possible pour rétablir l'Etat de droit et lutter contre l'impunité.
Auteur : M. Hervé Saulignac
Type de question : Question écrite
Rubrique : Politique extérieure
Ministère interrogé : Europe et affaires étrangères
Ministère répondant : Europe et affaires étrangères
Dates :
Question publiée le 9 septembre 2025
Réponse publiée le 14 avril 2026