Question écrite n° 9776 :
Risque de perte d'emplois industriels dans le secteur de l'automobile

17e Législature

Question de : M. Pierre Meurin
Gard (4e circonscription) - Rassemblement National

M. Pierre Meurin interroge M. le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique sur le risque de perte de 75 000 emplois industriels dans le secteur de l'automobile dans les années à venir. En effet, les conclusions de l'étude réalisée par l'institut XERFI dans le cadre de l'engagement de développement de l'emploi et des compétences (EDEC) de la filière automobile mettent en lumière une crise majeure pour l'industrie automobile française, projetant une perte supplémentaire de 75 000 emplois industriels d'ici 2035. Cumulée aux 38 600 emplois déjà supprimés entre 2019 et 2024, cette projection aboutirait à une perte brute de 114 000 emplois industriels depuis 2020, faisant chuter les effectifs de la filière de 375 000 à environ 260 000 emplois, soit une diminution d'un tiers en 15 ans. Ces chiffres s'inscrivent dans un contexte plus large de désindustrialisation qui fragilise profondément le tissu économique français. La filière automobile a déjà subi une érosion significative avec une perte de plus de 10 % de ses effectifs en cinq ans. Les perspectives pour 2025-2035 aggravent cette tendance : les pertes nettes d'emploi, une fois soustraits les créations d'emplois dans les secteurs émergents (énergie, hydrogène) sont estimées à 56 000. Cette hémorragie menace non seulement les emplois mais également la souveraineté industrielle de la France, la vitalité des territoires dépendants de cette filière et la cohésion sociale dans les bassins industriels, notamment le pôle mécanique d'Alès. Dans un contexte où la désindustrialisation a déjà fragilisé de nombreuses régions, cette nouvelle vague de suppressions d'emplois risque d'accentuer les inégalités territoriales et de précariser davantage les salariés du secteur. Cette situation soulève des interrogations cruciales sur la capacité de la France à maintenir une industrie automobile compétitive face aux défis de la transition écologique, de la concurrence internationale accrue et des évolutions technologiques rapides. Il lui demande donc si le Gouvernement envisage une révision des cadres réglementaires européens et nationaux, souvent perçus comme contraignants, pour mieux soutenir la filière automobile et éviter une accélération de la désindustrialisation.

Réponse publiée le 31 mars 2026

La situation de la filière automobile française, et notamment de la sous-traitance, reste en effet dégradée malgré une légère reprise depuis 2020. De multiples facteurs conjoncturels affectent négativement la santé de la filière depuis quelques années : les crises successives du Covid-19, des semi-conducteurs et des matières premières ont entrainé une dégradation de la compétitivité des acteurs de la filière tandis que la production automobile européenne reste inférieure de 20 % à son niveau de 2019, générant des surcapacités importantes pour les industriels du secteur. Les baisses de volumes sont aussi dues aux stratégies d'augmentation des prix des constructeurs ou encore au désintérêt d'une partie des classes sociales pour la mobilité automobile. Cette étude prospective estime une réduction nette de 56 000 emplois dans la filière automobile à horizon 2035. Ces pertes proviennent de facteurs multiples affectant la filière automobile. Les tendances baissières trouvent principalement leurs origines dans la baisse de la demande issue de l'inflation, notamment automobile, et la poursuite des politiques de délocalisations au sein de la filière automobile qui ont réduit de 60 % la production française depuis 2007. Cette étude prospective repose toutefois sur un scénario de poursuite de la trajectoire actuelle, et s'appuie sur des hypothèses que l'on peut considérer conservatrices concernant la production de véhicules légers, qui atteindrait un maximum en 2027, la demande, qui resterait faible malgré les baisses de prix et améliorations technologiques et en termes de recharge attendues, et la réglementation, qui resterait stable. Or, afin de favoriser une compétitivité durable de la filière automobile française, les sous-traitants automobiles et l'ensemble de la filière peuvent compter sur un soutien fort de l'État visant à répondre à leurs besoins d'investissement et d'innovation. Ainsi depuis 2020, plus de 700 projets représentant près de 4,2 milliards d'euros d'investissements industriels privés de modernisation et d'innovation ont été sécurisés par 1,2 milliard d'euros d'aide publique. Signe du soutien continu en faveur de la filière automobile, deux nouveaux appels à projets dédiés au soutien des investissements de modernisation, diversification, décarbonation et d'innovation ont été récemment ouverts. Ces investissements ont permis de positionner la filière automobile française fortement sur les segments liés à l'électrification et la décarbonation des véhicules et à la transition vers le véhicule connecté et automatisé. De plus, la France continue de se mobiliser dans les instances européennes afin de structurer une filière du véhicule autonome souveraine et compétitive. Enfin, la France est fortement mobilisée dans la révision des cadres règlementaires européens afin d'apporter des flexibilités sur la trajectoire d'électrification en contrepartie du renforcement de la politique industrielle de l'Union. Nous sommes prêts à assouplir la trajectoire à condition que les véhicules qui soient vendus en Europe soient fabriqués en Europe. Nous ne voulons pas réduire l'ambition d'électrification au bénéfice d'une délocalisation accrue des véhicules thermiques à l'étranger ou d'un abandon de notre stratégie industrielle sur l'électrique qui nous condamnerait à importer des véhicules électriques étrangers durablement. A ce titre, la France porte au niveau européen l'inscription de la préférence européenne dans la politique industrielle automobile afin de pouvoir réserver les soutiens publics au tissu industriel européen et favoriser les attributions de marché aux sous-traitants historiques.

Données clés

Auteur : M. Pierre Meurin

Type de question : Question écrite

Rubrique : Automobiles

Ministère interrogé : Économie, finances, souveraineté industrielle et numérique

Ministère répondant : Industrie

Dates :
Question publiée le 23 septembre 2025
Réponse publiée le 31 mars 2026

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