Question de : Mme Dominique Voynet
Doubs (2e circonscription) - Écologiste et Social

Mme Dominique Voynet alerte M. le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique sur la fragilité préoccupante du projet éolien offshore Pennavel, en développement sur la zone maritime Bretagne Sud 1. Les deux filiales du consortium belgo-allemand qui a remporté l'appel d'offres – Elicio et BayWa.re – n'ont en effet aucune expérience dans l'éolien flottant. La première citée a participé au co-financement de 3 parcs éoliens en mer fixes au large de la Belgique ; la seconde n'a jamais été impliquée dans quelque projet offshore que ce soit. Pour y remédier, un recours massif à la sous-traitance est envisagé à toutes les étapes du projet. Ainsi, il est légitime de se questionner sur l'attribution du premier parc éolien flottant commercial de France à ces deux entreprises, lesquelles ont été retenues sur le critère prépondérant du tarif de préférence le moins élevé, sans compétence préalable ni partenariat technique et stratégique établi en amont. Les difficultés financières rencontrées par la filiale BayWa.re attirent également l'attention. Elle accuse des pertes nettes de 1,6 milliards d'euros en 2024 ; sa dette cumulée s'élève à 5 milliards d'euros. Un plan de restructuration a été mis en place, avec des suppressions d'emplois massives. Un projet de vente de parts a échoué. Concrètement, la stabilité économique du groupe est remise en cause. Mme la députée attire également son attention sur l'incertitude qui prévaut quant au choix de turbines européennes. La puissance de 20 MW par éolienne n'est en effet atteinte en routine que par les industries chinoises, les industries européennes (et notamment allemande via Siemens) n'ayant développé de telles turbines que très récemment. Elle lui demande de lui apporter, ainsi qu'aux acteurs locaux, des réponses claires quant aux difficultés économiques que rencontre BayWa.re et aux intentions de l'État pour assurer la viabilité du projet éolien.

Réponse publiée le 19 mai 2026

L'État accorde une grande importance au projet éolien en sud Bretagne. Pennavel, société formée de Elicio et de BayWa r.e., a été désigné lauréat de l'appel d'offres n° 5 (AO5) dédié au premier parc éolien en mer flottant de Bretagne Sud (250 MW), au large de Lorient, le 15 mai 2024. Cette désignation est intervenue à la suite d'une procédure de dialogue concurrentiel. Pour y participer, les candidats devaient notamment respecter des exigences techniques et financières prévues dans le document de consultation. Pour cela, la CRE s'est intéressée à l'expérience des candidats, et en particulier à la puissance installée de projets de production d'électricité, à la puissance installée des projets éoliens en mer et au coût d'investissement cumulé dans des projets énergétiques en mer. À chaque fois, la CRE a retenu les projets pour lesquels les candidats ou leurs actionnaires détenaient plus de 20 % du capital et a vérifié le respect des exigences minimales fixées par le document de consultation, à savoir les deux conditions cumulatives suivantes : d'une part, la puissance installée de projets de production d'électricité devait dépasser 750 MW et, d'autre part, la puissance installée de projets éoliens en mer doit dépasser 500 MW ou le montant cumulé du coût d'investissement dans des projets énergétiques en mer devait dépasser 1 milliard d'euros. Au regard du faible de nombre de projets éoliens flottants dans le monde, imposer une expérience en matière d'éolien flottant comme prérequis n'aurait pas été pertinent alors même que l'objectif est d'encourager le développement de cette filière sur laquelle la France est aujourd'hui précurseur. De plus, le consortium Pennavel s'est récemment renforcé avec l'arrivée du développeur Q Energy, qui a déjà participé au développement de projet éolien en mer en France dans cette région (parc de Saint Brieuc). Concernant les critères d'attribution de l'appel d'offres, le tarif représentait 70 points sur un total de 100, conformément au droit européen des aides d'État dans un souci de maîtrise des coûts de soutien des projets, et les 30 points restants étaient alloués à la prise en compte des enjeux sociaux et de développement territorial, à la prise en compte des enjeux environnementaux et à la robustesse du montage contractuel et financier. Concernant l'actionnariat du lauréat, le producteur est tenu de communiquer à l'État tout projet de modification de la composition de son capital et de justifier que la modification envisagée n'est pas de nature à diminuer ses capacités techniques et financières à réaliser le projet. Le Gouvernement est très attentif à l'importance de maximiser les retombées industrielles des projets éoliens en mer. A cette fin, il est notamment prévu d'intégrer dans les futurs appels d'offres éoliens en mer de nouveaux critères de résilience en faveur de l'industrie européenne, tel que notamment permis par le nouveau règlement européen NZIA (Net Zero Industry Act).  Enfin, concernant la puissance des turbines, Siemens a développé un prototype de plus de 20 MW actuellement en phase de test, qui pourrait être disponible à l'horizon de temps du projet si le développeur décidait de recourir à des turbines d'une telle puissance. Les acteurs européens ne sont pas en retard sur la concurrence chinoise : à ce jour, aucun turbinier chinois ne commercialise de turbine de plus de 20MW, seulement des prototypes en développement. 

Données clés

Auteur : Mme Dominique Voynet

Type de question : Question écrite

Rubrique : Énergie et carburants

Ministère interrogé : Économie, finances, souveraineté industrielle, énergétique et numérique

Ministère répondant : Porte-parole du Gouvernement et Énergie

Dates :
Question publiée le 10 mars 2026
Réponse publiée le 19 mai 2026

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