Dispositif d'aides publiques aux entreprises
Question de :
M. Alexandre Sabatou
Oise (3e circonscription) - Rassemblement National
M. Alexandre Sabatou attire l'attention de M. le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique sur les lacunes du dispositif d'aides publiques aux entreprises, qui peut conduire à ce que des subventions soient perçues avant que des activités ne soient ensuite délocalisées ou réduites. Dans plusieurs territoires industriels et notamment dans la circonscription de l'Oise, des groupes de dimension internationale, tels qu'ArcelorMittal à Montataire ou Forvia à Meru, ont pu bénéficier d'aides destinées à soutenir l'investissement, l'emploi ou la transition industrielle, alors même que des décisions stratégiques défavorables aux sites français sont ensuite intervenues, avec des conséquences lourdes pour les salariés, les sous-traitants et l'économie locale. Ce fonctionnement interroge la cohérence de la politique industrielle de l'État et l'utilisation de l'argent public. Les aides publiques doivent constituer un outil de souveraineté industrielle, d'ancrage territorial et de maintien de l'emploi et non un levier permettant à des groupes multinationaux de sécuriser leurs financements avant d'arbitrer en faveur de productions délocalisées vers des pays aux normes sociales et environnementales moins exigeantes. L'insuffisance de conditionnalité réellement contraignante, de contrôles effectifs et de mécanismes de sanction ou de remboursement automatiques en cas de délocalisation fragilise la crédibilité de l'action publique et nourrit la défiance des territoires industriels. Dès lors, il lui demande quelles mesures le Gouvernement entend prendre pour éviter que des entreprises ayant bénéficié d'aides publiques puissent ensuite délocaliser tout ou partie de leur activité.
Réponse publiée le 7 juillet 2026
L'octroi d'aides publiques impose déjà des obligations et des contreparties aux entreprises bénéficiaires. Ainsi, pour les aides à caractère général, des critères d'éligibilité et des modalités de calcul dépendant de l'activité de l'entreprise existent : par exemple, les exonérations de cotisations sociales sont assises sur les rémunérations effectivement versées aux salariés et le crédit d'impôt recherche (CIR) est entièrement déterminé par les dépenses de R&D effectivement réalisées. Pour ce qui est des aides à des projets industriels spécifiques, comme les aides à l'investissement soutenues par France 2030, des conditions encore plus précises de réalisation du projet existent. Concernant les aides aux grands projets industriels, elles prévoient des engagements précis sur la localisation et le maintien des investissements soutenus. Pour les projets industriels dont la localisation des investissements subventionnés est explicitement fixée par contrat, toute modification substantielle du projet (abandon partiel ou délocalisation d'activité) donne lieu à une ré-instruction de l'aide et peut conduire à une diminution du soutien public, voire à un remboursement. Des clauses analogues existent également dans le cadre du crédit d'impôt au titre des investissements dans l'industrie verte (C3IV) : le bénéfice de l'aide est réservé aux entreprises qui exploitent les investissements éligibles au C3IV pendant au moins cinq ans en France à compter de leur mise en service. Il existe en outre des mécanismes spécifiques pour prévenir les risques de délocalisation lorsque l'objectif même de l'aide porte sur l'ancrage territorial de l'activité et de l'emploi, comme c'est le cas par exemple des aides à finalité régionale [i] (AFR), qui prévoient des obligations de maintien des emplois créés dans la zone concernée pendant au moins cinq ans pour les grandes entreprises et trois ans pour les petites et moyennes entreprises. Ces aides sont également assorties de clauses « antidélocalisation » intra-européennes : une entreprise ne peut pas bénéficier d'une aide AFR en France pour une activité qui aurait été délocalisée depuis un autre État membre dans les années précédentes. Concernant l'octroi d'aides à caractère général tel que le CIR ou les allègements généraux, elles nécessitent d'avoir une activité en France. Le CIR est par exemple conditionné à la réalisation de l'activité de R&D en France : cela signifie que l'aide ne peut être touchée que sur les salaires des personnels de R&D localisés en France ou pour les actifs de R&D tant qu'ils sont utilisés en France. Toute délocalisation met fin au versement de l'aide. Toutefois, ces conditions ne permettent d'éviter des délocalisations futures, puisque cela contreviendrait aux règles de libre circulation des capitaux et de liberté de circulation. En effet, les conditions imposées aux entreprises doivent toutefois dépendre de l'objectif poursuivi par l'aide. Imposer des obligations qui ne contribuent pas directement à l'objectif de l'aide peut réduire son efficacité. En particulier, des conditions décorrélées de l'objectif final de l'aide peuvent représenter un coût additionnel pour l'entreprise, susceptible de la conduire à renoncer à des projets et des investissements. Les principes du marché unique européen, fondés notamment sur la libre circulation des capitaux et la liberté d'installation, limitent la possibilité de conditionner une aide à des engagements sans lien direct avec son objectif.
Auteur : M. Alexandre Sabatou
Type de question : Question écrite
Rubrique : Entreprises
Ministère interrogé : Économie, finances, souveraineté industrielle, énergétique et numérique
Ministère répondant : Économie, finances, souveraineté industrielle, énergétique et numérique
Dates :
Question publiée le 5 mai 2026
Réponse publiée le 7 juillet 2026