Question écrite n° 15613 :
Obligation déclarative de comptes détenus à l'étranger

17e Législature
Question renouvelée le 13 octobre 2026

Question de : Mme Isabelle Rauch
Moselle (9e circonscription) - Horizons & Indépendants

Mme Isabelle Rauch attire l'attention de M. le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique sur l'opportunité de simplifier l'obligation déclarative prévue à l'article 1649 A du code général des impôts concernant les comptes bancaires détenus à l'étranger. L'article 1649 A du CGI impose aux contribuables domiciliés fiscalement en France de déclarer annuellement, au moyen du formulaire n° 3916/3916-bis, les références des comptes ouverts, détenus, utilisés ou clos à l'étranger. Le défaut de déclaration expose le contribuable à une amende de 1 500 euros par compte non déclaré, portée à 10 000 euros lorsque le compte est situé dans un État n'ayant pas conclu de convention de lutte contre la fraude et l'évasion fiscales avec la France. Parallèlement, la France participe à l'échange automatique d'informations relatives aux comptes financiers dans le cadre du Common Reporting Standard (CRS) élaboré par l'OCDE et transposé au niveau européen par la directive 2014/107/UE dite « DAC2 ». Ce dispositif permet à l'administration fiscale française de recevoir automatiquement, chaque année, des informations détaillées sur les comptes détenus à l'étranger par ses résidents fiscaux, notamment les soldes, les revenus d'intérêts, les dividendes et l'identité des titulaires. Cette situation crée une redondance difficilement compréhensible pour les contribuables de bonne foi. Dans de nombreux cas, l'administration dispose déjà des informations relatives aux comptes étrangers par le biais de l'échange automatique, mais le contribuable demeure exposé à une sanction importante en cas d'omission du formulaire 3916, y compris lorsque le compte est parfaitement identifié par ailleurs et ne dissimule aucun revenu. Cette problématique revêt une acuité particulière dans les territoires frontaliers, où de nombreux résidents entretiennent des liens professionnels, familiaux ou bancaires avec le Luxembourg. Il n'est pas rare qu'un contribuable dispose d'un compte luxembourgeois pour des raisons ordinaires : perception d'un salaire transfrontalier, ancien emploi au Grand-Duché, compte conservé après une mobilité professionnelle ou utilisation d'un service bancaire européen. Ces situations concernent un public nombreux, pour lequel l'obligation déclarative actuelle représente une charge administrative importante au regard de l'information déjà détenue par l'administration. Sans remettre en cause la nécessité de lutter efficacement contre la fraude et l'évasion fiscales, il apparaît légitime de s'interroger sur la proportionnalité du maintien d'une obligation déclarative manuelle lorsque l'administration fiscale dispose déjà des informations concernées par le biais de l'échange automatique. Une simplification pourrait prendre plusieurs formes : préremplissage du formulaire sur la base des données déjà reçues, suppression de l'obligation pour les comptes situés dans les États participant effectivement à l'échange automatique ou encore adaptation des sanctions lorsque l'omission déclarative ne s'accompagne d'aucune dissimulation de revenus et que l'administration disposait déjà de l'information. En conséquence, elle lui demande si le Gouvernement envisage une évolution du dispositif prévu à l'article 1649 A du code général des impôts et du formulaire n° 3916/3916-bis, dans un objectif de simplification administrative, de sécurité juridique et de meilleure proportionnalité des sanctions pour les contribuables de bonne foi, notamment dans les territoires frontaliers.

Réponse publiée le 20 octobre 2026

L'article 1649 A du code général des impôts (CGI) prévoit que les personnes physiques, les associations, les sociétés n'ayant pas la forme commerciale, domiciliées ou établies en France, sont tenues de déclarer, en même temps que leur déclaration de revenus ou de résultats, les références des comptes ouverts, détenus, utilisés ou clos à l'étranger. Cette disposition répond à un objectif de lutte contre la fraude et l'évasion fiscales en permettant de porter à la connaissance de l'administration les sommes détenues à l'étranger par des résidents de France. La directive 2014/107/UE dite « DAC 2 » traduit la norme commune de déclaration ou common reporting standard dite « CRS » issue de l'accord multilatéral pour l'échange automatique sur les comptes financiers de l'OCDE signé en 2014 par la France et 125 juridictions partenaires. Elle instaure un échange automatique d'informations financières sur les comptes détenus en France par des non-résidents d'une part, et sur les comptes détenus à l'étranger par des résidents de France, d'autre part. L'article 1649 AC du CGI crée ainsi une obligation de déclaration des comptes financiers à la charge des teneurs de compte, organismes d'assurance et assimilés ainsi que de toute autre institution financière établis en France. Ces obligations ne constituent pas un doublon déclaratif car elles ne concernent pas les mêmes données. En effet la déclaration visée à l'article 1649 A du CGI concerne les comptes financiers détenus à l'étranger par des contribuables résidents de France alors que les institutions financières établies en France déclarent les données concernant les titulaires de comptes détenus en France. En l'absence de déclaration visée à l'article 1649 A du CGI, l'administration fiscale française n'aura connaissance des comptes détenus à l'étranger par ses résidents fiscaux qu'à la réception des données reçues dans le cadre de l'échange automatique par les autres États membres. Ce n'est qu'à ce moment-là qu'elle pourra s'assurer du respect, ou non, des obligations déclaratives de comptes détenus à l'étranger. Ces deux dispositifs visent à instaurer plus de transparence et à lutter plus efficacement contre la fraude et l'évasion fiscales. Ils sont complémentaires dans la mesure ou les données issues des échanges automatiques doivent être corroborées au moyen d'informations déclarées ou confirmées par les contribuables. En outre, la suppression de l'obligation déclarative qui incombe aux résidents de France conduirait l'administration fiscale française à adresser systématiquement des demandes de renseignements aux autres États pour vérifier les informations reçues en cas de contrôle, et à ne compter que sur les informations reçues de façon automatique qui sont parfois incomplètes (identité, doublon, champs non saisis…). S'agissant des sanctions de chacun des deux dispositifs, elles ne ciblent ni les mêmes personnes ni les mêmes objectifs. Ainsi, leur limitation ou suppression priverait l'obligation déclarative des particuliers de tout effet incitatif et réduirait l'efficacité du dispositif. Elles sont en outre indépendantes de la bonne foi du contribuable. Dans ce contexte, l'obligation déclarative prévue à l'article 1649 A du CGI constitue une charge administrative légitime qui doit être maintenue compte tenu des objectifs poursuivis.

Données clés

Auteur : Mme Isabelle Rauch

Type de question : Question écrite

Rubrique : Impôts et taxes

Ministère interrogé : Économie, finances, souveraineté industrielle, énergétique et numérique

Ministère répondant : Action et comptes publics

Renouvellement : Question renouvelée le 13 octobre 2026

Dates :
Question publiée le 2 juin 2026
Réponse publiée le 20 octobre 2026

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