Situation psychologique des maires ruraux
Publication de la réponse au Journal Officiel du 10 mars 2026, page 2157
Question de :
M. Yannick Favennec-Bécot
Mayenne (3e circonscription) - Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires
M. Yannick Favennec-Bécot attire l'attention de Mme la ministre de la santé et de l'accès aux soins sur la situation psychologique dégradée des maires ruraux en France. Selon une étude réalisée par l'Association des maires ruraux de France (AMRF) de 2024, 31 % des maires éprouvent un épuisement et 3,5 % d'entre eux, soit 1 200 maires, présentent un risque de burnout, en raison d'un sentiment d'impuissance et de manque de reconnaissance. Les maires doivent aussi faire face à de nouveaux défis auxquels ils ne sont pas préparés : menaces et violences de plus en plus fréquentes, surcharge de travail. Compte tenu de cette situation, il lui demande de bien vouloir lui indiquer quelles sont ses intentions pour aider ces élus à préserver leur état psychologique et ainsi accomplir leurs missions dans de meilleures conditions.
Réponse publiée le 10 mars 2026
Les maires ruraux constituent un maillon essentiel de la cohésion territoriale et du lien social. L'exercice de leur mandat s'est profondément transformé ces dernières années : complexification normative, attentes croissantes des administrés, exposition accrue aux tensions sociales, multiplication des incivilités et des menaces. Ces évolutions peuvent fragiliser leur équilibre psychologique, comme le souligne l'étude de l'Association des maires ruraux de France. La santé mentale est déterminée par des facteurs socioéconomiques, biologiques et environnementaux. Ainsi, la capacité à se développer et à s'épanouir est influencée par un ensemble de facteurs individuels et collectifs dont l'environnement social immédiat (famille, amis et collègues) et les conditions de travail font partie. Les actions permettant d'agir sur ces déterminants de la santé mentale dépassent souvent le cadre des interventions sanitaires et concernent les politiques publiques pesant plus largement sur les conditions de vie des personnes. Dans le cadre des politiques sanitaires, le Gouvernement a inscrit la santé mentale comme une priorité. Ainsi, dès juin 2018, et en cohérence avec les objectifs de la stratégie nationale de santé, le Gouvernement a adopté une feuille de route santé mentale et psychiatrie organisée autour des 3 piliers de la prévention, du parcours de soins et de l'insertion. Cette feuille de route a été enrichie en 2020 par des mesures prises dans le cadre du Ségur de la santé, puis en 2021 par 30 mesures issues des Assises de la santé mentale et de la psychiatrie. Ces dernières mesures représentent un engagement financier de près de 1,9 milliards d'euros sur 5 ans (soit environ 380 M€ par an sur la période 2022-2026). Elles représentent aussi, à horizon 2026, une augmentation du budget annuel supplémentaire pour notre système de santé de plus de 420 M€ dédiés à la santé mentale et à la psychiatrie. L'une des mesures de cette feuille de route est la formation au secourisme en santé mentale. Elle vise à faciliter le repérage des troubles psychiques ou les signes précurseurs de crise afin d'intervenir précocement, sur le modèle des « gestes qui sauvent ». Cette formation permet aux participants de revoir leurs représentations personnelles concernant la santé mentale et les troubles psychiques et d'apporter une aide aux personnes en crise ou éprouvant un problème de santé mentale. Une fois formé, le secouriste peut intervenir auprès des collègues et autres personnes de son entourage et, si besoin, les orienter vers les soins. Les évaluations internationales ont montré par ailleurs que les secouristes prennent davantage soin de leur propre santé mentale. Concernant l'accès aux soins, l'une des mesures clés des Assises est la création du dispositif « Mon soutien psy » consistant au remboursement, par l'Assurance maladie et une mutuelle ou complémentaire santé, d'une prestation d'accompagnement psychologique, jusqu'à 12 séances par an, réalisées par un psychologue libéral conventionné. Le dispositif s'adresse à toute personne, dès 3 ans, qui se sent angoissée, déprimée ou en souffrance psychique légère à modérée. D'autres mesures clés visant les adultes sont l'augmentation des effectifs des centres médico-psychologiques, ou encore le renforcement des effectifs de psychologues dans les maisons de santé et centres de santé. Par ailleurs, des actions de communication grand public sur la santé mentale ont été organisées, notamment avec le site internet dédié à la santé mentale Psycom.org et les campagnes conduites par l'Assurance maladie et Santé publique France. De plus, la prévention du suicide fait l'objet d'un ensemble d'actions intégrées dans lesquelles les agences régionales de santé sont fortement impliquées. Ces actions composent la stratégie nationale de prévention du suicide, décrite dans l'action n° 6 de l'axe 1 de la feuille de route santé mentale et psychiatrie, et comprennent : - le maintien du contact avec la personne qui a fait une tentative de suicide (programme VigilanS) ; - des formations au repérage, à l'évaluation du risque suicidaire et à l'intervention de crise auprès des personnes en crise suicidaire ; - des actions ciblées pour lutter contre la contagion suicidaire ; - l'information du public et, enfin, la mise en place du numéro national de prévention du suicide 3114. A noter que le 3114 propose une écoute par des personnels soignants auprès des personnes concernées elles-mêmes mais aussi de leurs proches et des professionnels qui les accompagnent. Il est opérationnel sur l'ensemble du territoire national quels que soient le jour et l'heure. Enfin, la prévention du mal-être agricole fait l'objet d'actions spécifiques comprenant le dispositif d'écoute téléphonique et en ligne Agri'écoute (numéro d'appel gratuit 09 69 39 29 19 et plateforme Agriecoute.fr accessibles 24h/24 et 7j/7), le renforcement du réseau des sentinelles organisé par les Mutuelles santé agricoles (MSA) avec une formation en prévention du suicide adaptée au grand public, d'une cellule pluridisciplinaire de prévention du mal-être et de dispositifs d'accompagnement pilotés par chaque MSA.
Auteur : M. Yannick Favennec-Bécot
Type de question : Question écrite
Rubrique : Élus
Ministère interrogé : Santé et accès aux soins
Ministère répondant : Santé, familles, autonomie et personnes handicapées
Renouvellement : Question renouvelée le 25 février 2025
Dates :
Question publiée le 5 novembre 2024
Réponse publiée le 10 mars 2026